« Demain, je vais apporter une grosse aiguille. Je vais la planter dans ton ventre. Il va exploser. Tu vas mourir et on va être débarrassé de toi pour toujours. » Quand j’entends, des personnes dire, avec naïveté, que des enfants c’est innocent et sans malice, je me remémore, entre autres, ces phrases cruelles et gratuites qu’un jeune m’avait dites, dans la cour d’école, par une belle journée de printemps. On avait tous les deux 7 ans. Mon regard s’assombrit alors, je les regarde avec un faux sourire et je leur dis : « Ça dépend d’eux et de leurs parents. »

Plus d’une décennie à être sauvagement intimidée et harcelée, c’est lourd à porter. Vous comprenez pourquoi l’idée de voir un documentaire sur l’intimidation n’était guère attirante. J’ai tenté la bande-annonce du film étatsunien Intimidation (V.F. de Bully) du réalisateur Lee Hirsch, après une grande respiration. J’ai pleuré ma vie en 2 minutes 13 secondes. Je ne me sentais pas prête à voir le film, mais vous savez, entre un documentaire de la sorte et Streetdance 2 3D, je n’ai pas hésité longtemps. Je me suis par contre donné le droit de quitter la projection si ça devenait trop pénible. Je ne l’ai pas fait, malgré la douleur.

En 90 minutes, on fait la connaissance et l’on s’attache à quelques jeunes qui vivent l’intimidation dans des écoles situées dans l’Iowa, l’Oklahoma, la Géorgie et le

Alex, 12 ans. Timide, solitaire, sans amis, un cœur en or. L'intimidation le suit comme une ombre, sans arrêt, à l'école et dans l'autobus depuis plusieurs années. Il se livre avec difficulté, mais vérité et courage dans le documentaire de Lee Hirsch. Une parole qui pourrait changer des vies et on espère tout d’abord la sienne déjà grugée par la violence.

Mississippi durant une année scolaire. Intimidés tous les jours, pour diverses raisons. Aucune d’entre elles ne justifie bien sûr de tels élans de haine. Aussitôt la cible installée dans le dos, il n’y a aucune mauvaise raison d’arrêter de tirer… il paraît. Également dans l’œil de la caméra, des parents en peine et en rage d’avoir perdu leurs enfants, puisqu’ils se sont donnés la mort. Une fin brutale et violente pour arrêter une souffrance viscérale. Et finalement, gravitant et aggravant le cas des victimes : une directrice d’école (vous devriez avoir honte madame!), chefs de police et autres personnes d’autorité qui ne voient rien et se questionnement dans le vide en disant que c’est un problème général, mais que ça n’arrive pas vraiment dans leur cour. Ils ne savent pas quoi faire, ils n’ont pas de solution, etc. La foutue rengaine habituelle devant des parents qui ont peur, mais qui se lèvent devant des preuves accablantes.

Ce regard franc sur l’intimidation, ses victimes et ses répercussions fait oublier la non-maîtrise de certains cadrages (ou devrais-je dire décadrage) et de flous disgracieux à certains moments. Le travail visuel de la caméra photo/vidéo Canon 5D Mark II a quand même un effet positif puisqu’elle passe inaperçue et peut donc capter des scènes (brutales) prêtes à dénoncer les agressions injustes. On est dans le vif du sujet. On ne peut se détourner les yeux de la violence qui sévit, de certains cris d’alarme qui se frappent à des sourds et muets.

Attention, on a mal pour ces jeunes et ces parents et si comme moi, vous avez vécu de près l’intimidation, vous allez être au diapason de leurs souffrances. Pour les autres, vous allez avoir un aperçu réel de la vérité. Lorsque Nietzsche a dit : « Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort », il aurait dû rajouter, qu’avant de soi-disant être plus fort, il y aurait, pour certaines épreuves, des tentatives de suicide, des années de psychothérapie et une vie de séquelles. Mais vous savez, tant qu’on n’est pas personnellement touché… Et puis, il est vrai que de nos jours, même les agresseurs et les oppresseurs sont des victimes. Quelle galère!

Intimidation fait un constat, il n’apporte pas de solution, mais ouvre au dialogue et lance un appel à l’aide important. Aux États-Unis, le film a reçu la cote « R », ce qui veut dire qu’aucun enfant de moins de 17 ans ne peut voir le film sans être accompagné. Honte à vous, membres de la MPAA! Le reste du Canada a la cote « PG » qui demande l’accompagnement parental, mais sans restriction d’âge, dû au langage probablement. Au Québec, on est chanceux, le film a été jugé avec la mention Général, tous peuvent donc voir ce film troublant.

Par ailleurs, j’aurais aimé que ce film ait la même campagne publicitaire que le film Goon. Des affiches, de bon goût cette fois, dans toutes les stations de métro et pour une noble cause. Je me demande bien pourquoi Alliance Film, distributeur des deux films, n’a pas accompli une telle campagne publicitaire. Peut-être reste-t-elle à venir ou serait-ce un manque de fonds?

Je vous invite donc à voir Intimidation pour ouvrir le dialogue et sortir de l’ombre ce fléau.

Tout le monde debout!

– Julie Lampron

À l’affiche dès le 13 avril prochain.