Qu’est-ce que la fidélité? Selon le dictionnaire Larousse…

« Qualité de quelqu’un qui est fidèle, dévoué, attaché à quelque chose, à quelqu’un; qualité de quelqu’un qui est constant dans ses sentiments, ses affections, ses habitudes; qualité de ce qui est conforme à l’exactitude, à la vérité, de quelqu’un qui s’y conforme; qualité de quelqu’un qui ne manque pas à une promesse, qui ne trahit pas un serment; fait, pour un conjoint, un partenaire amoureux, d’être fidèle à l’autre, et, en particulier, de ne pas commettre d’adultère; qualité de quelque chose qui n’est pas altéré au cours du temps. »

Cédric est gay. Lors d’un souper, il lance la bombe sans craindre les conséquences de cet aveu sur ses quatre amis. Après des années de mariage et la naissance de ses enfants, Cédric explique que ce revirement n’a rien à voir avec une orientation sexuelle refoulée. Il n’était pas gay, il est devenu gay en expérimentant le sexe avec un autre homme. Il s’avère que le sexe est meilleur avec un partenaire du même sexe. C’est logique! L’autre sachant comment exciter son propre sexe peut encore mieux exciter l’autre.

Aurait-il pu prévoir que ce fait allait à tout jamais transformer le couple de chacun?

« À l’entendre se justifier, je réalisai qu’il nous testait; il scrutait nos réactions. Nous étions de bons amis, nous connaissions son entourage, même certains de ses collègues, et nous représentions une belle palette de personnalités : Étienne, son meilleur ami, avait étudié avec lui au lycée; il le savait ouvert d’esprit, férocement hétéro. Il acceptait son homosexualité soudaine, mais sans plus. […] Jean, le plus sérieux du groupe, prétentieux, analytique, au caractère parfois imprévisible, trouverait son cas intéressant. Georges, quant à lui, était déjà braqué; catholique pratiquant, refermé sur lui-même, je ne voyais pas comment il pouvait accepter ce changement. »

Yann, personnage central du roman Infidélités, de l’auteur Stéphane Lefebvre, se questionne, se repositionne quant à la sexualité et l’amour dans un couple. Ouvert d’esprit bien qu’un peu désorienté par l’affirmation de Cédric, il échange ses réflexions avec sa femme Sarah.

D’abord outrée par les propos de Yann, Sarah convient avec lui d’une liberté nouvelle et consentante afin de ne pas perdre pied dans leur relation.

« Nous sommes bien ensemble; même si je changeais d’orientation, je resterais avec toi. Il faut séparer le sexe de la relation. Il y a deux choses : le plaisir de la baise et le plaisir de la vie à deux. Parfois, on oppose le sexe et l’amour. C’est semblable. […] Je crois pouvoir affirmer que l’infidélité assumée permet la fidélité. Sinon, on vit dans le mensonge. […] Quand je te décris l’infidélité, cela signifie que chaque partenaire est au courant de l’infidélité de l’autre. »

Feint-on le désir et la jouissance lorsque la stabilité du couple est atteinte? Et si l’on pousse plus loin notre introspection, peut-on affirmer être heureux dans nos amitiés, au travail, dans son propre cheminement lorsqu’on se stabilise définitivement?

Génération Y

Tous dans la trentaine, ils ont cherché comme tous les autres trentenaires à se stabiliser dans leur union, dans leur travail, dans leur vie sociale. Mais est-ce que stabilité est synonyme de stagner?

Et si, en se donnant mutuelle un accord de confiance, l’infidélité pouvait renforcer l’union? Qu’est devenu le couple en 2015? Que deviendra le couple après? Qu’est-ce que la fidélité? Parle-t-on de corps, d’esprit, de cœur?

Personnages complexes, fidèles à leur génération, tous se cherchent, se perdent, tentent toute expérience susceptible de satisfaire leur curiosité, enrayer leur peur de stagner, en se renouvelant sans cesse. Le long terme est-il encore à prioriser?

Bien sûr lorsque nous parlons d’infidélité, nous pensons d’abord au couple. Mais il existe plusieurs sortes d’infidélité : infidélité à soi, aux autres, infidélité amicale, amoureuse, professionnelle…

La crise existentielle bouillonne et la crise économique suit. À l’intérieur de son roman, l’auteur nous fait part de toutes ces réflexions qui nous tenaillent rendus à l’âge où la jeunesse s’étiole et la sagesse craint. La génération Y craint-elle toute notion de « long terme » comme un fardeau à traîner, quelque chose à réfuter?

« Tu appelles ça évoluer, ma femme qui se transforme en lesbienne après dix-neuf ans de mariage? Et Cédric gay! Il est homo, c’est impossible! Jean est bisexuel, perdu en Inde! Toi, tu laisses Sarah se faire sauter par des inconnus! Étienne, il trompe Julie depuis toujours. Est-ce la vie que vous souhaitez? Enseignez-vous ces belles valeurs à vos enfants? Tirez-vous une fierté de ces réalisations? Ou, devrais-je dire de ces échecs? »

Peut-on juger le choix des autres? On ne peut imposer notre manière de voir, de vivre. Les personnages du roman Infidélités ne font pas que réfléchir; ils passent tous à l’action, dans un respect simpliste certes, mais toujours en quête de vérité, à la recherche du bon dans le mauvais, de la fidélité dans l’infidélité.

Est-il envisageable d’être constant, d’être vrai, d’être en relation à l’intérieur de l’infidélité?

C’est à 30 ans que les femmes sont belles, après ça dépend d’elles…

Il en est de même pour les hommes. Profiter du moment présent tout en vivant selon nos désirs, nos besoins, tout en se satisfaisant et en se renouvelant. La beauté dépasse le physique; elle est la quête absolue.

Est-il permis de nous gaver de beauté, de la nôtre, mais aussi de celle des autres? Si le point central du roman tourne autour de la vie sexuelle des couples, l’auteur va encore plus loin, frôlant également le sujet épineux de l’émancipation. Toutes les sphères de l’environnement des personnages seront touchées; culturelle, sociale, relationnelle, sexuelle, professionnelle.

Il y a là des pistes de réflexions intéressantes. Jusqu’où peut-on aller dans ce désir de s’émanciper, en toute fidélité à soi, mais sans contrevenir au respect de l’autre?

L’auteur Stéphane Lefebvre a cité Mario Vargas Llosa lors de son lancement :

« Écrire, c’est inventer des histoires, une forme de révolte contre le monde réel. Tout roman est un mensonge qui se donne en vérité. »

Et si la vie et tout ce qu’elle comporte se décrivait ainsi? Une révolte contre le réel, un mensonge qui se donne en vérité. En un mot, la vie n’est-elle pas infidélité?

Élizabeth Bigras-Ouimet

Infidélités, Stéphane Lefebvre, Annika Parance Éditeur, 2015.