Crédit photo : Jules Bédard

« Enfirouaper » est un anglicisme issu de la contraction de « In Fur Wrapped ». C’est bien ce qui est arrivé en 1967 quand la police a fait une descente chez Keith Richard, trouvant Mick Jagger en train de manger une barre Mars dans le vagin de Marianne Faithfull, elle-même étendue sur un tapis de fourrure avec du LSD dans les idées. Une rumeur niée par l’actrice-chanteuse devenue le symbole de la femme enfirouapée et qui, encore présente dans l’imaginaire, a inspiré Farouche Factory pour mettre en scène leur pièce de théâtre au Festival FRINGE. La compagnie théâtrale montréalaise se veut queer, non pas uniquement dans les thématiques, mais dans la manière de brouiller les frontières entre les genres sur les planches. Ici, les hommes jouent les femmes et inversement. Que reste-t-il alors de cet événement qui, nous dit-on, n’aurait pu produire qu’une énorme infection vaginale ? Un tapis aux propriétés euphorisantes ne manquant pas de changer complètement la vie des gens qui l’exposent dans leur salon comme un trophée du mythe, un tapis donnant une motivation sans pareil à certains qui can’t get no satisfaction.

Depuis que cet objet fétiche a pris place dans l’intimité de son couple, un homme est devenu « sexe, drogue et rock’n’roll ». Il néglige sa femme par ses nombreuses aventures au karaoké où il chante les chansons des Rolling Stones et dédie ses tounes à Faithfull. Une dépendance hors du commun qui inquiète sa femme au plus haut point. Elle décide donc de l’espionner en mettant une cagoule et un imperméable, mais oublie de mettre ses vêtements en dessous. Un petit geste auquel elle prend de plus en plus de plaisir – si bien qu’elle en vient à se frotter de la malbouffe sur les seins en reproduisant l’incident. Parallèlement, il y a d’autres tableaux scéniques. Celui à trois : il comprend un personnage qui juge que « l’amour physique est sans issue » et l’autre qui en fait son unique raison d’être. Pour sa part, le tiers est assis sur son tapis avec une adoration démesurée. On se retrouve finalement dans le « living room » avec la vénus à la fourrure qui « to be decadent » est vraiment « decadent ». À chaque instant, on se demande ce qu’ils feront de leurs fantasmes et de ce tapis en poils blancs qui leur colle à la peau tout en semblant occasionner leur perte.

In Fur Wrapped est une création théâtrale bilingue où les pulsions des protagonistes évoluent entre l’acceptable et l’inavouable, entre le privé et le public. Vous serez sans aucun doute séduits par les répliques gorgées d’humour, de références culturelles et à quelques moments de poésie, ainsi que par le jeu impeccable de Gabriel Favreau, Audrey Lachapelle et Joanie Guérin. Comme si ce n’était pas suffisant, ils conjuguent avec habileté le théâtre et le chant dans cet univers exaltant où on aurait aussi voulu la garde de ce célèbre tapis pour vivre l’expérience des désirs en marge.

Vanessa Courville

Dans le cadre du Festival FRINGE, la pièce de théâtre In Fur Wrapped est jouée jusqu’au 20 juin. Pour les détails, c’est ici.