Peintre prolifique, Van Gogh a peint et dessiné plus de 2000 œuvres en 10 ans, entre 1880 et 1890, année de son décès. De ce catalogue, 200 toiles sont mises à l’honneur dans une exposition immersive réalisée par Annabelle Auger et Julien Baron, Imagine Van Gogh, présentée à l’Arsenal art contemporain Montréal du 6 décembre 2019 au 2 février 2020. Retour!

Les deux complices proposent 20 000 pieds carrés de projections géantes des toiles du célèbre peintre. L’univers visuel créé par ces immenses écrans sur lesquels sont projetés des tableaux entiers ou des fragments de ceux-ci permet de saisir le langage pictural de l’artiste dans ses moindres coups de pinceau.

À son arrivée, le visiteur pénètre dans une petite salle où sont exposés 12 panneaux suspendus expliquant la genèse et la réalisation de l’installation par l’équipe d’Imagine Van Gogh ainsi que le parcours de vie du peintre. Jouxtée à celle-ci, l’unique pièce de l’exposition se dévoile déjà. En entrant, le spectateur y découvre les images démesurées des œuvres, certaines emblématiques, allant de 1888 à 1890, et magnifiées pour l’exposition.

Quasi instantanément, le visiteur se retrouve aux côtés de Vincent Van Gogh en Provence et à Auvers-sur-Oise. Les toiles de l’artiste peintes en ces lieux ont particulièrement touché les concepteurs qui expliquent leur décision d’axer l’exposition sur cette période : « C’est en Provence qu’il touche enfin la lumière du soleil, qui exalte la nature, le portrait, voire la nature morte; sa palette de couleurs éclate, le trait devient rigoureux et la composition impertinente. » Également, en raison de l’engouement du maître pour les estampes japonaises, certaines figurent parmi celles projetées, dont L’amandier en fleurs (1890) et Le pont sous la pluie (1887).

C’est ainsi que les autoportraits, les lys, les tournesols, les champs de blé, la nuit étoilée, les coquelicots et plusieurs autres œuvres plongent le visiteur dans le concept de l’image totale, conçu par Albert Plécy, un passionné du langage visuel. « C’est dans les années 1960 que le cinéaste et photographe Albert Plécy, ami des grands Jean Lartigue et Robert Doisneau, lui-même président fondateur de la célèbre association Les Gens d’images, a l’idée d’orienter ses recherches pour parvenir à inventer un procédé de projection révolutionnaire. » Le visiteur devient alors un témoin privilégié pouvant apprivoiser dans un format éclaté et sous un angle nouveau des œuvres devenues ludiques.

Photo : Marie-Paule Primeau

Alors que le visiteur est baigné par les traits de pinceaux, les couleurs et les images, une trame sonore accompagne sa déambulation. Douce pour accompagner certains tableaux, vive lors de la projection d’autres, la musique contribue à décupler l’expérience sensorielle. Lorsque les pièces de Satie, Bach, Saint-Saëns, Prokofiev, Handel, Schubert, Mozart et Delibes envahissaient l’espace, j’imaginais bien qu’elles auraient pu être remplacées par des bruits adoucis, comme le vent lors de la moisson, les jacasseries sourdes émanant du café à Arles ou encore ceux de coups de pinceau donnés sur la toile.

Une des forces indéniables d’Imagine Van Gogh est de démocratiser un corpus pictural qui peut être considéré austère. Cette proposition rend accessible l’art et crée un pont entre le grand public et le génie de Van Gogh. Elle participe à aller droit au cœur des œuvres en rapprochant le visiteur physiquement et émotivement d’elles.

Photo : Marie-Paule Primeau

L’exposition est présentée dans une seule grande pièce rectangulaire. Les œuvres sont transposées sur les quatre murs et sur le plancher, ce qui favorise une immersion presque totale dans les tableaux. En revanche, dans certaines séquences, différentes œuvres sont projetées au même moment, empêchant les visiteurs d’absorber la totalité de la présentation, ou toutes les visualiser. Dans une position ou une autre, il tournera le dos à un écran. Il faut donc un certain temps pour trouver le meilleur emplacement dans ce grand espace pour pouvoir pleinement jouir de toutes les projections.

Voici donc un petit tuyau pour profiter au maximum dès votre arrivée : placez-vous à gauche ou à droite de la porte d’entrée, à sa hauteur. De là, vous ne manquerez presque rien. Restez-y pour les 30 premières minutes que dure la représentation. Ensuite, promenez-vous librement. Autrement, il est aisé d’être étourdi par moment, tellement vous voudrez tout prendre, tout voir.

– Marie-Paule Primeau

Imagine Van Gogh est présenté à l’Arsenal art contemporain Montréal du 6 décembre 2019 au 2 février 2020, du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.