Si peu de films ont commencé à l’heure dite lors de cette 25e édition du festival de cinéma LGBT, la plupart d’entre eux en valaient la peine. Et par l’expression « en valoir la peine », j’entends qu’ils méritaient d’être vus pour leur qualités esthétiques autant que pour leur charge politique, et ce, malgré la lourdeur des sujets abordés. Peut-être ai-je fait preuve de masochisme involontaire en choisissant les œuvres les plus crève-cœur au programme, il n’en demeure pas moins que j’ai dû troquer le sac de popcorn contre un sachet de Kleenex.

 

How to Survive a Plague

Il s’agit de l’œuvre que j’ai préférée, et de loin, lors d’Image + Nation. Le documentariste David France retrace le combat mené par les collectifs ACT UP et TAG pour la démystification du sida (et son traitement). Un douloureux rappel de l’inaction du gouvernement Reagan au début de l’épidémie, alors que les personnes infectées tombaient comme des mouches. On prend conscience d’à quel point les séropositifs et leurs alliés ont dû travailler fort pour que leur cause soit entendue et que des recherches pharmaceutiques se concrétisent.

Comme David France faisait lui-même partie d’ACT UP (ainsi que son amoureux, mort du sida), on a accès à des images tirées de réunions et de manifestations du collectif. Il est d’ailleurs touchant de voir de jeunes manifestants pleins de vigueur ressembler à des vieillards squelettiques peu de temps après, faute de soins efficaces. Le documentariste a également filmé des sidéens en phase terminale à l’hôpital, ce qui émouvrait même le plus insensible des homophobes. Une autre séquence donne des frissons : des manifestants se rassemblent devant la Maison-Blanche et lancent sur la pelouse verte bien entretenue les cendres de leurs amoureux ou amis décédés. Ils dénoncent ainsi l’ « insensibilité meurtrière du gouvernement ».

Si ces images tirent des larmes, le documentaire insuffle tout de même un certain espoir, notamment par rapport au progrès de la médecine et à l’efficacité de la trithérapie. De plus, How to Survive a Plague rappelle que les luttes citoyennes parviennent parfois à faire bouger le gouvernement, même lorsqu’il se montre au départ inflexible et semble avoir un cœur de pierre.

Bye Bye Blondie

Étonnamment, le film pour lequel j’avais les plus grandes attentes correspond à celui qui m’a le plus déçue. Baise-moi, la première adaptation cinématographique de Virginie Despentes, sortie il y 12 ans, n’avait laissé personne indifférent avec son esthétique trash et ses thèmes anticonformistes (pour le rappel : des femmes, à bout de se faire « baiser » (avoir, violer, abuser, etc.), se vengent, entre autres, en tuant des hommes). Si j’ai défendu cette œuvre contre plusieurs détracteurs, il en sera tout autrement pour Bye Bye Blondie, sa deuxième adaptation, que je considère fade et ratée.

Le long métrage reprend les codes des comédies romantiques pour adolescents, hormis en ce qui concerne les personnages principaux – deux lesbiennes. Cet élément un brin original n’arrive pas à faire oublier à quel point le scénario tombe dans la facilité. En bref, deux femmes qui ont vécu un amour de jeunesse alors qu’elles étaient des ados punks se retrouvent des années plus tard. Elles ont pris des routes différentes, l’une étant une alcoolique asociale et l’autre une célèbre animatrice de télévision, mais tentent de reprendre leur relation. Peut-être qu’une réalisation imaginative aurait pu nous faire oublier cette histoire moche, mais avec le jeu désincarné des actrices, c’était une mission impossible de toute façon. Virginie Despentes a réussi à rassembler Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle, deux grands noms du cinéma français (bravo!), mais ces dernières ont donné une prestation sans aucune crédibilité. Les scènes d’amour et de désir font particulièrement peine à voir tellement elles semblent laborieuses.

Virginie Despentes a admis en entrevue que ce film est moins transgressif que Baise-moi. Il s’agit tout de même à son avis d’une œuvre importante et politique puisque « l’histoire d’amour racontée est non hétéronormative ». Certes, mais on a déjà vu plus subversif! Pour ma part, je recherche des films de qualité et avec du contenu, ce qu’une simple thématique lesbienne n’assure pas à elle seule. Heureusement, la plupart des réalisateurs dont l’œuvre a été présentée lors d’Image + Nation ont accompli un meilleur travail. En effet, les autres films dépassaient en majorité la simple référence queer en donnant aussi à rêver et à réfléchir.

– Edith Paré-Roy