Crédit photo : Jérémie Battaglia

Mani Soleymanlou continue sur sa lancée créative en nous présentant Ils étaient quatre, pièce polyphonique, autodérisoire et coécrite avec Mathieu Gosselin. Alors que l’identité ethnique était au centre de sa précédente trilogie – Un, Deux et Trois – la nouvelle création s’attarde sur l’identité masculine dans une tranche d’âge plus que problématique, la trentaine : devenir un homme ou rester un éternel grand enfant. Et que veut bien dire devenir un homme ?

La pièce commence. Le directeur artistique présente les personnages/comédiens, qui ont gardé leurs véritables noms – l’ironie s’installe de ce fait. Quatre amis partagent un souvenir (qu’ils auraient bien voulu oublier) et la pièce d’une heure et quart est le récit de ce souvenir, de cette soirée. La narration, vivante et immersive, est ponctuée de réflexions sociétales : politique, réussite, amour. Ces séquences graves et réflexives passent pourtant trop vite.

Parce que ce party, on ne l’oublie pas. On y revient toujours. La bonne vieille musique commerciale et l’éclairage psychédélique aidant. Les quatre protagonistes aux personnalités opposées nous amènent pas à pas dans les dédales de cette soirée qui a mené à leur dérape. Sex, drugs and rock n’ roll : leur rencontre avec cette rousse aux yeux de fée qui leur renvoie leurs désirs interdits et leurs instincts primaires. Il y a Mani, l’accro du boulot obsédé par le sexe et qui, pourtant, ne pogne pas. Éric, le beau gosse en manque de tendresse. Guillaume, le père de famille piégé dans son rôle de modèle. Jean-Moise, le blasé introspectif.

Cette pièce autofictionnelle dresse un portrait caricatural des hommes trentenaires en proie aux questionnements interminables sur les responsabilités de la vie d’adulte. À leurs désirs contraires face à la normalité. Une comparaison générationnelle s’installe, entre reproches et admiration. C’est une pièce du quotidien, de l’ordinaire et des discours qui accompagnent nos brunchs de famille.

C’est un portrait réaliste. Cependant, cela reste juste un portrait. Le travail de Mani Soleymanlou, sans vouloir le réduire à cela, est une démarche plus descriptive/narrative qu’en recherche de solutions. Un regard sur le présent et le passé avec une sorte de crainte envers le futur. Sans doute que l’artiste nous réserve d’autres choses avec Cinq à sept et Huit, qui viendront compléter cette nouvelle saga. Ou alors, c’est un artiste qui veut faire du bien. On en a déjà assez à faire avec ce qui va mal.

Pourtant, c’est très sérieux les crises existentielles, sauf qu’avec une chute comme celle de Ils étaient quatre, on ne peut s’empêcher de sourire et se dire qu’on ferait bien d’arrêter de se complaire dans la plainte.

Rose Carine H.

Ils étaient quatre, une pièce de Mathieu Gosselin mise en scène par Mani Soleymanlou, est une production Orange Noyée en coproduction avec le Théâtre français du CNA. La pièce est présentée au Théâtre La Licorne jusqu’au 3 avril 2015.