L’Oie de Cravan a fait paraître ce printemps les œuvres complètes de Nicole Espagnol, poète, auteure et photographe surréaliste décédée en 2006. Réunis pour la première fois en un seul recueil, ces textes ont d’abord été publiés dans des revues, des catalogues d’exposition, ont fait l’objet de publications en solo ou étaient jusqu’alors inédits. Mis les uns à la suite des autres, ces textes livrent un portrait éclectique et vivant de la discrète femme de lettres.

Dans la présentation de l’ouvrage, Marie-Dominique Massoni souligne l’engagement tant politique que littéraire d’Espagnol, et l’incroyable amitié qu’elle offrait à ceux qui la côtoyaient. « Esprit libre, fille de l’air, elle allumait son cigarillo, l’étincelle à l’œil. En tout, elle cherchait l’acuité, l’écart absolu, et se souciait comme d’une paille que cela fût estampillé surréaliste! » Ce refus des concessions, on le retrouve dans les textes issus de la revue Le Cerceau, alors qu’elle signe de fervents billets sur ses lectures du moment et ce qu’elles lui inspirent, ou encore dans le pamphlet « Défauts, faux et usage de faux », où elle oppose aux propos de Jean Schuster une reconstruction en règle des derniers instants du surréalisme.

La plume précise, l’imagination féconde et les yeux grands ouverts sur les fruits du hasard, Espagnol insuffle dans ses textes créatifs des images fortes, qu’elles soient saugrenues ou au contraire familières. « La foudre silencieuse sur la nuque / Une poignée de sel dans les yeux », elle savait également saisir l’instant, en photo comme par écrit; plusieurs de ses clichés, entre contemplation et témoignage, accompagnent par ailleurs les textes. Il était une dame contient également le recueil Suis-je bête, publié à l’Oie de Cravan en 2002, qui rassemble de courts fragments qui sont autant d’anecdotes cocasses relatives aux animaux. Petite collection de faits divers du royaume animal, le livre enchante à la fois par sa légèreté et son esprit. Enfin, on retrouve dans Il était une dame quatre lithographies de Jorge Camacho originellement incluses dans Little Magie, paru en 1983 chez Bordas.

Rassemblés dans un seul livre, tous ces textes donnent un (trop bref) aperçu de la vivacité et de l’intelligence de celle qu’on appelle la « grande dame du mouvement surréaliste » et qui aura contribué au mouvement durant les dix dernières années de celui-ci, aux côtés de son compagnon Alain Joubert et de son complice Benjamin Péret.

Chloé Leduc-Bélanger

Il était une dame, Nicole Espagnol, l’Oie de Cravan, 2015.