Après Red, présenté au dernier Fringe et Rouge, monté au Prospero en octobre, Le chaperon est-il si rouge que ça ? est la troisième pièce sur le thème du populaire conte à fouler les planches de Montréal en moins de dix mois.

La Tourbière a choisi de raconter sa version de l’histoire de façon clairement burlesque, rappelant les comédies à sketchs anglaises (et non seulement parce que les deux comédiens sont souvent déguisés en femmes). Dans de courts tableaux – dont certains auraient eu intérêt à être raccourcis – on suit les déboires de la grand-mère – débordante de sénilité – et de sa fille, mère contrôlante qui donnera naissance à un Chaperon rouge découvrant peu à peu les pouvoirs de sa sexualité rampante. Parallèlement, on suit Junot, qui, comme tous les vrais loups de ce monde, n’est en réalité qu’un être profondément seul. On croisera aussi des chasseurs qui tourneront la tête plutôt que d’agir.

David-Alexandre Després et Jean-François Nadeau, seuls pour interpréter tous les personnages, réussissent à transmettre un jeu physique solide et à rendre les transitions fluides. La mise en scène est intéressante, surtout en ce qui a trait aux courtes chorégraphies, même si ces moments semblent souvent référer à des décisions esthétiques plutôt qu’à des choix de contenu. La scénographie et l’utilisation multifonctionnelle des accessoires sont particulièrement réussies, mais le point le plus fort de la pièce est sans contredit l’aspect sonore, autant la musique que le bruitage réalisé par les acteurs sur scène.

Ne cherchez cependant pas une pièce subversive. L’humour, pouvant être qualifié de premier degré, est gentillet et plusieurs des moments plus crus semblent quasi-forcé pour justifier l’heure de représentation de 22 h 30. Toutefois, le réel talon d’Achille de cette pièce est loin d’être l’effort, et encore moins le talent, mais bien la pertinence ; nous devinons la critique sociale sur l’hypersexualité des adolescentes, nous comprenons l’idée que tout homme (ou femme) peut être loup, mais, en 2012, combien de fois avons-nous vu exactement ces mêmes sujets transmis par exactement ce même véhicule : le conte du petit chaperon rouge ?

 À voir si vous aimez : le burlesque, Family Guys, Buster Keaton, les comédies anglaises ou si vous avez aimé La mort de Kubrick (Théâtre La Chapelle, mars 2012)

– Marie-Paul Ayotte (Emmpii).

LE CHAPERON EST-IL SI ROUGE QUE ÇA? 

L’espace libre (Studio) – 1945, rue Fullum

Du 5 au 14 avril à 22h30

Une production La Tourbière 

De et avec David-Alexandre Després et Jean-François Nadeau 

Musique : Jez

Lumière et régie : Thomas Godefroid

Décors et accessoires : Jonas Bouchard, assisté de Fanny Denault 

Mouvement : Danielle Lecourtois

Psychanalyse : Jean-Pierre Bienvenu 

Oeil extérieur : Philippe Lambert; 

Direction de production : Marie-Hélène Dufort 

Billeterie Espace libre : 514-521-4191