Un des livres les plus attendus de l’hiver vient de paraître aux Éditions de Ta Mère, Hiroshimoi de la talentueuse blogueuse et écrivaine Véronique Grenier. 68 pages enflammées de désir, d’amour, mais aussi d’abandon et de concupiscence.

Les courts fragments donnent un rythme rapide à cette histoire d’amour, parfois à sens unique, qui, on le sent, on le sait, se dirige directement dans un mur. Un homme déjà en couple, une jeune femme intelligente et articulée, passionnée surtout, qui tombe sous l’emprise de celui-ci. Une histoire classique, presque banale dans les annales du film et du roman d’amour. Ce qui sauve tout, c’est la voix unique de Véronique Grenier. Une prose à la fois poétique où s’étiole une quotidienneté et un ancrage au réel parfois banal. Oui, l’amour, ça vole haut, ça frappe fort, ça brûle tout sur son passage, mais tout disparaît dans la cruauté de leur réalité: «Je sais pas si tu vois mes jambes écorchées, la trace de sang qui marque ton chemin. Je me vide. Pour des duck face cheaps. Et des jumelles. Et des filles de gym. Et celles qui resteront anonymes. Et elle. Pour qui j’aurai juste des doutes et des likes.»

On pourrait le croire naïf ce « je » martelé à chaque page, prenant d’assaut chaque phrase, chaque paragraphe, mais c’est tout faux. C’est justement ce trop-plein de conscience qui atteint le lecteur. C’est un « je » qui se positionne toujours en périphérie d’un « tu » destructeur.  Ce « Hiroshimoi » sait pertinemment dans quelle voie il s’avance, dans quelle aventure il se lance, il court à sa perte en toute connaissance de cause, comme une marche lente et inéluctable vers «My own Guantanamo». Grenier, pour donner sens à tout cet amour trop fort pour un seul être, donne dans le langage brut, qui se rapproche beaucoup de l’oralité. Bien qu’elle aurait peut-être gagné en laissant de côté les formules discutables tirées du Web comme «des high five dans ta face avec une chaise», elle excelle dans les passages poétiques avec des images pleines et fortes, des émotions pures et riches. Hiroshimoi s’avère un récit écorché à vif, mais d’une beauté qu’on ne peut passer sous silence.

Extrait :

«Un jour, je t’ai demandé si tu allais me détruire, et ce n’était pas ton intention, il paraît. L’enfer était dans ma face pavé de ton vouloir, je me consumais, mais je le voyais pas. Des fois, les citations de Bukowski se trompent. Marcher au travers des flammes, tu peux pas bien faire ça. Ce qui te tue te tue. Tu sais.»

– Elizabeth Lord

Hiroshimoi, Véronique Grenier, Les Éditions de Ta Mère, 2016.