Depuis le 15 septembre, le Cinéma du Parc présente Hieronymus Bosch, Touched by the Devil de Pieter van Huystee, documentaire qui s’intéresse à l’exposition présentée au Noordbrabants Museum à Den Bosch aux Pays-Bas et au Prado à Madrid à l’occasion du 500e  anniversaire de la mort du célèbre peintre.

Plutôt qu’un documentaire sur l’exposition, il s’agit d’un « making of » ou d’un document sur l’arrière-scène d’une exposition de grande envergure. On en apprend peu sur l’artiste, mais beaucoup sur les coulisses du monde muséal. Si j’étais Charles Tisseyre, je dirais même « une incursion étrange dans l’écosystème fascinant des expositions internationales ».

Moins l’œuvre que l’exposition

Tout commence avec une équipe menée par Matthijs Ilsink, historien de l’art mandaté pour créer une exposition avec les plus vraies des 25 ou 30 œuvres de Bosch qui existent dans le monde. Peintre hollandais reconnu pour ses peintures mettant toujours en scène la vertu et la tentation, le ciel et l’enfer, les anges et les démons. Reconnu aussi pour les détails étranges de ces peintures : des démons mi-humains mi-animaux, des scènes effrayantes où des hommes et des femmes nus défèquent des bêtes, des cennes ou juste des yeux, où des petits démons à tête de poisson touchent les parties intimes de prêtres… Bref, de grandes fêtes médiévales où la morale est mise à rude épreuve! Bien sûr, le film est truffé de très belles images de milliers de détails des œuvres de Bosch, mais le vrai sujet c’est l’équipe d’historiens de l’art, partie en quête de ce qui devrait constituer le tronc réel de l’œuvre de Bosch. Ils ont une équipe de scientifiques fous et passionnants qui dissèquent les œuvres par photos infrarouges et autres méthodes révolutionnaires et qui peuvent savoir si le dessin sous la peinture est celui d’un droitier ou d’un gaucher.

Quelles toiles retenir? Quel directeur de grand musée sera insulté de ne pas se faire demander sa toile? Combien d’argent impliquera une transaction ou une autre? Et voilà que ce tient bien droit tout l’intérêt du documentaire; le « fascinant écosystème du monde muséal ».

Faisons maintenant une pause pour un peu d’histoire de l’art : Bosch était un protégé du roi Philippe d’Espagne pour qui le peintre représentait tout ce que l’Espagne enviait et adorait de l’art hollandais au 15e siècle. L’atelier de Bosch, qui s’était d’ailleurs rebaptisé lui-même De la Bosco, se trouvait donc en Espagne et, suivant cette logique, au jour d’aujourd’hui, le célèbre musée Le Prado, à Madrid, possède et protège la plus importante quantité d’œuvres attribuées à Bosch.

Je dis « attribuées » parce que l’équipe d’historiens, dans sa mission de ne rapporter que le tronc attribuable au maître Bosch et non à ces apprentis et employés, doit décider des œuvres qui passent et de celles qui ne passent pas le test aidé de leurs acolytes scientifiques. À ce point du film, voir la relation entre Matthijs Ilsink et les dirigeants du Prado crée un mélange de plaisir et de malaise, un sentiment près de celui ressenti devant les tableaux de Bosch.

Plus tard l’équipe se rend à Venise où l’on assiste à la négociation étrange, mais très claire du prêt d’une l’œuvre en échange du coût de sa restauration et toutes les entrevues et le décorum qui s’ensuivent. Il y a d’autres voyages et d’autres découvertes, mais la seule chose que le film ne montre pas, c’est l’exposition elle-même. Peut-être à des fins promotionnelles, me direz-vous, mais, à mon avis, c’est plutôt que le travail du film se termine là, au seuil de l’exposition quand tout est sur les murs, que les historiens de l’art, les dirigeants de musée et les commissaires ont terminé leurs transactions, quand le public a droit au résultat des recherches.

« Le film » réussit à nous convaincre de tout ce qu’on manque si on ne regarde que les tableaux au musée. Une exposition est plus que ses toiles, plus que ses artistes, c’est un peu l’Histoire de l’art en train d’aboutir, c’est le résultat de choix esthétiques bien sûr, mais très politiques et économiques. Je rêve que toute exposition soit accompagnée de son film de Pieter van Huystee.

Maude Levasseur

Hieronymus Bosch, Touched by the Devil de Pieter van Huystee prenait l’affiche le 15 septembre au Cinéma du Parc.