Dans un pays déchiré entre tradition et modernité, vivre sa vie comme on l’entend est non seulement controversé, mais également relatif. Hajar, la cadette d’une famille palestinienne de cinq enfants, se heurte à cette réalité alors qu’elle va retrouver sa famille dans le nord de la Galilée pour célébrer le mariage d’une de ces nièces.

Fraîchement arrivée de la ville où elle poursuivait des études en arts s’éloignant chaque jour davantage de la femme docile qu’on entend la voir devenir, elle s’attire la désapprobation familiale. Amoureuse d’un anglais, et l’honneur de la famille dans tout ça? Un mariage somptueux qu’on immortalise d’un portrait de famille qui semble idéale. L’harmonie d’un moment est figé dans l’éternité, mais le bruit des bombes qui rappelle à la réalité et bien vite l’état de santé détériorant du patriarche viendront éclairer d’un jour nouveau les membres de la famille et révèleront les zones d’ombre de chacun.

Héritage vous donne à réfléchir sur différents aspects de la situation conflictuelle qu’est celle d’un individu à la recherche d’un équilibre entre sa filiation et son intégrité; un équilibre d’autant plus précaire qu’il est sans cesse remis en doute par un climat politique houleux et dévastateur.

Car en effet, que devient le désir émancipation ou la quête d’approbation quand la présence constante d’avions survolant la ville vient vous rappeler que la prochaine bombe pourrait tomber sur votre maison, sur celle de vos voisins ou, qui sait, sur celle de votre père que vous avez «déshonoré» pour vous respecter vous-mêmes?

Malgré le côté très dramatique de cette dernière réflexion, Héritage n’est pas une œuvre fataliste et ne donne pas dans la victimisation. Je dirais même qu’il est porteur d’espoir : on nous mène à la rencontre d’une nouvelle génération de femmes : de jeunes femmes radieuses et qui se tiennent debout. L’émancipation a un prix et on assiste à des scènes de confrontation qui choquent et ne correspondent pas à notre mode de vie ou de pensées; Matthew sera d’ailleurs ce regard  extérieur et occidental auquel Hajar vient ajouter des nuances donnant une vision, sinon complète, à tout le moins très ouverte et sensible de cette réalité.

Pour couronner le tout, la facture visuelle est sublime. Comme au niveau de la diégèse, les contrastent dominent : ceux entre les couleurs chaudes et froides, qui viennent accentuer les dynamiques entre les personnages; ceux entre le beaux et le laid, entre l’amour et la violence et finalement ceux entre les paysages d’une beauté saisissante et les bruits de guerre qui les accompagne, une véritable poésie des images.

En exclusivité à l’Excentris depuis le 25 octobre dernier, Héritage est le premier long-métrage de l’actrice palestinienne Hiam Abbass, espérons qu’elle renouvelle l’expérience!

Vickie Lemelin-Goulet