Certes minuscule, la galerie La Centrale Powerhouse, spécialisée dans l’art queer, féministe et/ou transdisciplinaire, accueille souvent des artistes de taille et de grandes œuvres. C’est pourquoi je me fais un devoir – un plaisir, plutôt – de m’y rendre chaque fois que je me trouve dans les parages. Comme la galerie se situe on the spot, je manque rarement une expo. Je dois dire que celle de l’artiste torontoise Hazel Meyer, qui y présente Walls to the Ball jusqu’au 23 juin, m’a particulièrement impressionnée.

Veux-tu jouer avec moi?

Hazel Meyer ne s’en cache pas : elle se passionne pour l’art… et le sport. Souvent perçues comme différentes, voire antithétiques, ces deux pratiques se rejoignent dans cette expo. D’ailleurs, celle-ci porte bien son nom (Walls to the Ball) : dans un coin de la salle se trouvent de petits ballons de basketball que les spectateurs/trices peuvent lancer dans des paniers. Loin d’imposer au public le fameux « Prière de ne pas toucher », l’artiste souhaite que la galerie devienne un « environnement performatif », une sorte de terrain de jeux artistique.

Si le caractère ludique de l’œuvre frappe au premier abord, l’aspect engagé se remarque aussi. L’artiste intègre en effet une réflexion féministe dans son expo. Le tronc d’une personne est peint sur un mur où sont accrochés deux paniers multicolores, faisant ainsi référence à des mamelons. Ainsi, l’œuvre, même si engagée, n’en demeure pas moins ludique. Meyer relève ainsi le défi de faire réfléchir et sourire à la fois.

Carré rouge sur fond blanc

Hazel Meyer ajoute son grain de sel dans le débat sur les frais de scolarité : sous la fenêtre de la galerie, elle a dessiné une main qui fait un doigt d’honneur et elle a inscrit « Eff you Grand Prix. » Elle a également écrit « Our streets », en plus de dessiner une flèche qui pointe vers le boulevard Saint-Laurent.

Cependant, ce qui attire surtout l’attention, c’est l’immense carré rouge qui occupe une partie d’un mur. « All the tools are here. Make yourself a red square », est-il indiqué. Les spectateurs/trices peuvent couper un bout du tissu et l’accrocher avec une épingle, fournie également. Ils et elles ne se sont d’ailleurs pas gênés, si l’on se fie aux nombreux trous dans le carré rouge. Cette œuvre cadre bien avec la démarche de l’artiste, qui s’intéresse à l’art processuel et performatif. Son exposition se transforme au fil des visites, ce qu’elle souhaite.

Pour jouer au ballon, réfléchir, vous amuser et/ou vous confectionner un carré rouge, visitez l’exposition Walls to the Ball de Hazel Meyer. Elle est présentée jusqu’au 23 juin à La Centrale (4296, boul. Saint-Laurent).

– Edith Paré-Roy