Photo : Olivier Dénommée

La majeure partie de l’année, Béthanie est une toute petite municipalité de 300 âmes où, admettons-le, à peu près rien ne se passe. Pour la quatrième fois, le festival Grosse Lanterne vient faire mentir la tendance le temps d’une fin de semaine avec des soirées festives où bonne musique et bonne humeur sont au rendez-vous. Compte rendu de cette mémorable soirée du 28 juillet.

Émile Bilodeau

Commençons par un bémol : le festival ouvre ses portes beaucoup trop tôt le vendredi! Émile Bilodeau, le premier artiste à monter sur la scène principale, débutait à 16 h 30, devant une foule encore timide, essentiellement composée d’adolescents qui n’ont visiblement pas autant de responsabilités (petite pointe d’envie ici). Il y avait bien quelques fans finis qui occupaient déjà le devant de la scène, mais le jeune artiste aurait aisément pu avoir un public plus fourni si l’horaire le lui en avait donné la chance. Je ne suis moi-même arrivé que pour sa chanson finale, Ça va, qu’il a interprétée avant de remercier son public et quitter la scène. Il paraît qu’il a tout donné et s’est jeté par terre à quelques reprises pendant sa performance, signe qu’il a eu bien du plaisir malgré sa plage horaire désavantageuse.

Émile Bilodeau / Photo : Olivier Dénommée

Beyries

Il était encore tôt, mais à 17 h 45, un peu plus de familles étaient sur le site pour le début de la performance de Beyries. Un spectacle tout simple, où la chanteuse était simplement accompagnée de sa choriste-percussionniste. Habillée d’un jean et d’un t-shirt blanc (elle semble aimer cette mode, elle qui portait sensiblement la même chose au Festif! la semaine dernière), elle variait entre la guitare et le piano, dans une « grande mise en scène », a-t-elle blagué. Son côté pince-sans-rire et ses lunettes soleil qu’elle a gardées tout le long du spectacle ont donné une certaine impression de distance avec son public, mais elle a vite réalisé qu’elle avait devant elle plusieurs amateurs de sa musique qui chantaient volontiers avec elle, même si les chansons de Beyries ne sont, disons, pas synonymes de party. Pas de surprise du genre « Louis-Jean Cormier apparaît sur scène pour interpréter J’aurai cent ans en duo », juste une performance minimaliste et honnête, devant un public conquis. Que demander de plus?

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Tire le Coyote

Après le pop-folk minimaliste et légèrement déprimant de Beyries, c’est à Benoit Pinette, alias Tire le Coyote, de monter sur scène à 19 h. Peut-être parce qu’il est moins connu des jeunes et des familles ou parce qu’il ne bénéficie pas du même buzz que les autres artistes de la liste de la soirée, il n’a pas semblé susciter un aussi grand intérêt. Pourtant, il ne manquait de rien sur scène : l’énergie était au rendez-vous et les musiciens ont donné leur 100 %, particulièrement Shampouing, son fidèle guitariste, lors d’endiablés solos où son toupet ne tenait plus en place. Il n’en a pas parlé durant le spectacle, mais on sent que Tire le Coyote devrait arriver avec un nouvel album sous peu, lui qui a lancé un extrait au début du mois dernier. Cet automne peut-être?

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The Franklin Electric

Jusqu’ici, on avait droit à des spectacles assez intimes, mais à 20 h 15, la game a drastiquement changé : le soleil était en train de se coucher et le groupe, The Franklin Electric, était visiblement attendu de pied ferme de bien des festivaliers. Soudainement, le devant de la scène était occupé par des centaines fans et le groupe a répondu aux attentes avec un spectacle énergique, proposant essentiellement les chansons de l’album Blue Ceilings paru en début d’année. Il aura fallu attendre à la toute fin du spectacle pour entendre les vieux succès tirés de This Is How I Let You Down (2014), mais le public n’a pas semblé s’en plaindre, chantant volontiers avec le frontman Jon Matte, qui a fait l’effort de s’exprimer en français la majeure partie de la soirée (on est quand même à Béthanie) et qui a humblement rappelé que malgré leur statut de rock stars au Québec, les gars du groupe restent des « human beings » qui ne sont pas bien différents de leur public. Cette affirmation a donné une sacrée poussée d’énergie à la foule qui en redemandait. Un très beau moment de musique.

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Charlotte Cardin

La tête d’affiche de la soirée avait un gros défi devant elle. Charlotte Cardin devait monter l’intensité à un autre niveau après le passage du groupe montréalais, le tout avec aussi peu de matériel connu qu’un EP de 18 minutes. Allait-elle se lancer dans un spectacles de covers? Bonne nouvelle : elle avait du nouveau matériel à nous offrir hier soir. À part les six chansons de Big Boy que bien des membres du public ont écoutées en boucle depuis un an, Charlotte Cardin a joué sa version de Go Flex de Post Malone et quelques nouvelles compositions qu’on peut espérer voir apparaître sur son premier album complet que plusieurs attendent impatiemment. Force est d’admettre que l’auteure-compositrice-interprète de 22 ans a gagné en maturité dans son écriture, à en juger par la qualité des nouvelles chansons qu’elle a proposées à Béthanie devant sa foule en délire. Elle s’est permise une surprise en invitant Aliocha, autre jeune sensation dans le monde de la musique québécoise, le temps de deux chansons en duo. Un bien beau moment qui dévoilait une facette plus folk, voire country, de Charlotte Cardin. D’ailleurs, elle s’est montrée épatée d’avoir droit à une réponse aussi positive à son interlude country, qui s’est avéré être un coup gagnant dans un festival en forêt dans une région agricole.

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Sa prestation n’aura duré qu’une heure, de 22 h à 23 h, mais elle « terminait » à merveille cette soirée pour bien des festivaliers. Les autres ont pu se rendre à une autre scène pour danser sur la musique de quelques DJs avant d’aller se coucher dans leur tente pour recommencer à fêter le lendemain. Intense, vous dites?

Soirée jet-set

La veille de l’événement, une parution Facebook a pu retenir l’attention :

Alexandre Taillefer, president d’honneur du ePrix de Montréal qui, rappelons-le, se passe cette même fin de semaine, a-t-il vraiment préféré se rendre à Béthanie plutôt que d’être à Montréal? Ce n’était pas qu’une publicité gratuite qu’il faisait : il était effectivement en chair et en os au festival, dès les premiers artistes. Il n’était pas le seul à rendre visite au village du fin fond de la Montérégie : on a pu y apercevoir Phil Roy (qui a d’ailleurs interagi avec Beyries lors de sa performance), Anne-Élisabeth Bossé et Guillaume Pineault. Quelqu’un aurait même croisé Pénélope McQuade lors de la soirée.

Moi-même natif d’Acton Vale, je dois admettre que je n’ai jamais vu Béthanie comme un endroit ayant le potentiel de créer un festival de cette envergure. Le temps d’une fin de semaine, l’insignifiant village est devenu l’endroit où tout le monde veut être, loin du trafic impossible de Montréal, loin du stress qui pollue l’atmosphère. Ce soir-là, j’y ai vu des gens souriants, en couple, en famille ou entre amis, qui sont venus s’imprégner de la musique sans penser au reste, j’y ai rencontré des gens qui étaient nus pieds pour « sentir l’énergie de la foule ». Imaginez : ce n’était que le premier soir.

Le party se poursuit ce soir (et techniquement jusqu’à demain matin pour les « éclopés »).

– Olivier Dénommée

La quatrième édition de Grosse Lanterne a lieu du vendredi 28 juillet au dimanche 30 juillet, à Béthanie en Montérégie. Plus de détails ici.

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