Green Room fait penser à plusieurs de ses prédécesseurs dans le genre du thriller en huis clos. On se souviendra de Straw Dogs (1971), Assault on precinct 13 (1976) et, plus récemment The Hateful Eight (2015). Mais, c’est surtout le ton et la tension qui jouent le rôle du rappel, car, bien qu’on ressente ses influences, on est loin de la référentialité. Jeremy Saulnier, qui s’était fait remarquer suite à la réception très positive de son récit de vengeance, Blue Ruin (2013), démontre cette fois encore qu’il peut apporter du sang neuf dans un genre surcodé et rempli de clichés.

L’histoire s’ouvre sur la fin d’une longue et infructueuse tournée du groupe punk The Ain’t Rights constitué de jeunes musiciens aussi ambitieux qu’irrévérencieux. Un dernier spectacle improvisé les amène dans un club perdu dans les bois dont la faune locale est, à leur surprise, principalement composée de néonazis. Les choses tournent plutôt mal, et ils se retrouvent captifs des loges du bar. Le film alternera entre les musiciens enfermés dans une seule pièce, et leurs antagonistes, à l’extérieur, qui ne souhaitent que s’en débarrasser au plus vite.

Mettant en conflit deux groupes de prime abord socialement antagonistes, des punks de gauche d’un côté et des suprémacistes blancs de l’autre, le récit s’éloigne pourtant assez rapidement de l’allégorie politique puisque, indépendamment de l’allégeance, la survie, elle, demeure apolitique. Après la mise en place engagée, l’affrontement qui suit met en scène un combat inégal, et fondamentalement animal. L’instinct de survie, couplé d’astuce et de savoir-faire, sera la seule arme que pourront utiliser les jeunes musiciens contre leurs agresseurs armés jusqu’aux dents. Tel semble être le modus operandi de Saulnier : loin de vouloir faire la morale à son public, il se contente de mettre la table et d’observer ses marionnettes se tortiller pour s’en sortir.

Ainsi, Blue Ruin n’était pas un simple thriller cathartique ou pamphlétaire sur la vengeance, et Green Room n’est pas une métaphore filée sur l’inhabilité de vivre ensemble. C’est surtout une observation clinique et cruelle sur ce qui arrive quand le social ne tient plus, et qu’il n’y a plus que l’instinct qui demeure. C’est ainsi et seulement ainsi qu’on pourrait le qualifier d’œuvre politique. Darcy, le propriétaire du bar, en est un exemple flagrant. Les orientations ne comptent plus pour lui, tout ce qui compte, c’est de sauver son entreprise et de retourner à la normale. Tous les moyens sont bons. Saluons en passant le merveilleux contre-emploi de Patrick Stewart dans ce rôle, qui n’éclipse cependant pas l’ensemble de la distribution. Saulnier, ce jeune réalisateur plein de promesses, semble posséder le talent du metteur en scène : diriger avec brio son équipe. Le résultat est impeccable.

Boris Nonveiller

Green Room de Jeremy Saulnier prendra l’affiche demain, le vendredi 6 mai, au Cinéma du Parc.
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