Envers du décor. On marche proche d’un lit, à travers une cuisine, proche d’un tabouret, où on se fait saluer par des comédiens au mignon accent british. Puis, on prend nos places dans la salle de l’Usine C, où se dresse devant nous un énorme écran cachant toute cette arrière-scène. On assistera alors à plus d’une heure et demie de théâtre cinématographique (ou de cinéma théâtral, selon votre préférence).

Gob Squad’s Kitchen (you’ve never had it so good) est une des créations du célèbre collectif artistique de Grande-Bretagne et d’Allemagne God Squad, fort réputé pour ses pièces mélangeant vidéo, performance, théâtre et participation du public ; et c’est exactement, au sommet de son art, ce qu’il a livré.

Cette cuisine, c’est celle d’Andy Warhol, père incontesté de Pop Art, icône de son époque révolutionnaire, initiateur de La Factory, et bien sûr, artiste derrière d’innombrables vidéos d’art réaliste qui posent la caméra longuement, sans coupure, sans mouvement et sans montage sur des actions du quotidien.

Tout au long de la pièce (voir ici performance), on analyse la révolution (artistique autant que sociale) des années ’60, en tentant de retrouver ce moment utopique, mais aussi de faire un parallèle avec les temps présents. On ne mentira pas : connaître la légation de Nico, les enjeux socio-politiques de la révolution des années ‘60 et l’œuvre de Andy Warhol n’est pas un pré-requis pour comprendre, ni apprécier cet exercice théâtral. Mais cela permet certainement d’aller plus loin dans la réflexion et, parallèlement, diffère le degré d’émotions que la pièce engage.

Certains moments sont d’une poésie sur-réelle (je suis encore hantée par certaines images), d’autre moments sont quant à eux drôles, maladroits. La plus grande force de ce collectif est certainement la capacité des comédiens à amadouer et à rendre à l’aise le spectateur, jusqu’à l’amener à faire des actions précises sur scène. L’implication du public est d’ailleurs brillante (et contrairement à tant d’autre fois, sert réellement l’œuvre).

Attention : si vous allez un jour voir cette pièce, porter du rayé peut faire toute la différence.

– Marie-Paul Ayotte

 

Gob Squad’s kitchen a été présenté à l’Usine C du 13 au 15 février