Crédit : Alexandre Gilbert

Cette année encore, Tentacle Tribe revient dans la programmation de Danse Danse. Mais cette fois-ci, ce ne sont pas deux paires de tentacules qui sont là pour vous éblouir, mais bien six ! Pendant un peu plus d’une heure, la compagnie montréalaise déploie ses talents chorégraphiques à la fois contemporains et urbains pour nous apporter dans son imaginaire lié au souffle. Poésie corporelle et créatures oniriques sont au rendez-vous. Retour.

Amener le réel ailleurs

Dans leur nouvelle création, Tentacle Tribe traite de la thématique de la respiration et a développé un sens pointu de la scénographie. Les six interprètes nous transportent dans une pénombre quasi constante et nous font voyager dans des compositions chorégraphiques maîtrisées au rythme d’une lumière très placée et mouvante.

Les six artistes changent de costumes dans une quasi-invisibilité, dans un temps parfait, jamais prévu d’avance. On observe les mutations des danseurs dans les différents jeux, tant avec des accessoires qu’avec la lumière et les sons.

La musique, elle aussi, rythme les différents tableaux et nous transporte de la rêverie à la panique, en toute fluidité et cohérence. Dans cette composition scénique aux jeux de lumières magnifiques et à la musique enivrante, les combinaisons chorégraphiques fonctionnent à merveille. Le groupe homogène d’interprètes se sépare en des duos et des trios très bien orchestrés, dans une précision et une maîtrise corporelle remarquable.

Entre fluidité organique et arrêts nets très justes, les corps s’emmêlent et se démêlent, créant ainsi une réelle inspiration poétique.

Inspirante poésie

Ghost s’inspire du mécanisme naturel et complexe de la respiration. On retrouve dès l’ouverture de la pièce la musicalité de l’inspiration et de l’expiration, renforcée par les artistes eux-mêmes. Ce rythme enivrant englobe l’espace et donne envie de s’accorder avec eux. Par la suite, les contrastes forts entre respirations et arrêts se véhiculent dans le corps des interprètes, toujours en contact, unis dans une même inspiration.

Ils semblent être des nuages dans un même ciel. Chacun influence l’autre tout en vivant dans un même espace. Les individus recherchent constamment le souffle, la lumière, la vie finalement.

Inspirée par l’expression « catch the ghost » qui signifie trouver « la » zone, l’endroit et le moment où corps et esprit ne font plus qu’un, la compagnie joue sur les six corps qui ne font alors plus qu’un et qui se meuvent dans une fluidité organique hors du commun. Les corps semblent connectés les uns aux autres, coulant dans l’espace et créant des formes uniques, inspirées de créatures oniriques.

Formés en danses urbaines, les interprètes enchaînent les mouvements du b-boying sur un sol qui semble moelleux. C’est leur espace de jeu, leur espace de création où chacun amène son univers personnel.

Dans une deuxième partie, le souffle disparaît et laisse place à un individualisme plus grand, un manque d’espoir et une difficulté de trouver la lumière et la vérité. Quel avenir pour une population qui n’a plus de souffle ? On révèle une noirceur omniprésente qui étouffe la seule lumière qu’il reste à l’humanité. Moments suspendus dans le temps qui laissent le public réfléchir et rêver grâce à des accessoires et des idées originales comme l’utilisation de ballons d’hélium comme nouveaux visages.

L’espoir semble fragile, mais atteignable, notamment par la communauté, l’entraide, la recherche constante de lumière et la prise de conscience de ce souffle de vie, indispensable. Une belle pièce chorégraphique à voir pour respirer un peu.

– Léa Villalba

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