Get a revolver de l’Allemande Helena Waldmann traite d’un sujet lourd et, à bien y penser, assez tabou, soit la démence et la peur du vieillissement. Seule sur scène, la ballerine Brit Rodemund traverse les différentes facettes de la dégénérescence, l’exclusion, l’émerveillement, la perte de la motricité, etc. L’ajout d’insert audio au fil de la pièce permet aussi de nourrir la réflexion sur le thème. L’origine de la pièce est très personnelle, Waldman a accompagné son père atteint de démence pendant huit ans. Un an après sa mort, elle met en scène Get a revolver inspirée de son histoire. « Get a revolver », c’est aussi ce que son père lui disait, parfois, à la blague.

La perte de dignité est arrimée à l’esthétisme des mouvements de Rodemund.La grâce, la fluidité du ballet classique,  accompagne ces gestes typiques aux patients atteints de démence; Waldman esthétise la démence sans nécessairement la rendre moins violente. Il en ressort ainsi beaucoup de lumière. Par la mise en scène, la maladie insuffle alors une liberté, une sincérité. En travaillant les malaises sociaux sous cet angle, toujours dans un va-et-vient entre la douleur et l’extase, Waldman offre une réflexion pour le moins singulière et contourne les clichés, bien qu’ils fassent corps avec son travail. La démence n’est pas une honte, bien qu’elle effraie.

Le choix de Brit Rodemund n’est pas anodin. Cette ballerine classique rappelle le père de Waldman qui était docteur en chimie, en plein contrôle de ses études. Rodemund est amené à désarticuler ses mouvements habituels.

– Sylvie-Anne Boutin

Get a revolver, présenté à la Place des Arts, en collaboration avec Danse Danse, du 11 au 15 février