Après un remarquable parcours en festival avec une première à Locarno et une Louve d’Or au FNC, Philippe Lesage revient pour de bon au Québec nous présenter Genèse, à l’affiche dès le 15 mars. Mais avec des attentes aussi hautes, la chute ne peut-être que douloureuse…

Genèse ou la naissance d’amours adolescents, incertains et maladroits, que traversent Guillaume (Théodore Pellerin) et sa demi-soeur Charlotte (Noée Abita). Le premier, cancre clownesque en rébellion constante contre l’autorité de son pensionnat, développe un amour confus pour son camarade de classe et meilleur ami Nicolas (Jules Roy Sicotte). La deuxième, cégépienne téméraire découvrant les plaisirs du corps et les écueils qui s’y rattachent, jongle entre son copain fragile et un amant toxique. Un film coming of age scénarisé et réalisé par Lesage qui décrit son sujet en ces mots dans le Voir:

Je traite du fait que la sexualité est en mouvement, évolue et se transforme au fil des expériences. Le film explore une époque charnière de la vie, entre 16 et 18 ans. À cette époque de la vie, on se questionne sur qui nous sommes et sur ce que nous désirons. Il y a une pulsion de vie extrêmement forte. Et ce que j’aime par-dessus tout de mes personnages et de cet âge, c’est le fait d’aimer sans se protéger. La tragédie de la jeunesse, c’est d’être entouré ou d’aimer les mauvaises personnes et c’est pour cela qu’on souffre en amour. »

Soulignons d’abord le jeu d’acteur remarquable des deux protagonistes. C’est à travers leur interprétation que l’on ressent les enjeux dramatiques de l’histoire, ce que le récit exprime maladroitement (nous y reviendrons plus tard). Leur jeu évolue dans de longues prises témoignant d’une maîtrise de la complexité de leur personnage. Des scènes puissantes comme la présentation orale de Guillaume et la finale de Charlotte dévoilent une intériorité puissante, que les acteurs parviennent brillamment à extérioriser.

Autre point fort du film, la cinématographie de Nicolas Canniccioni et la direction artistique de Marjorie Rhéaume – ayant tous deux collaboré sur le précédent film de Lesage, Les démons (2015). Chaque plan est soigneusement composé pour nous livrer des tableaux baignés d’une lumière riche et douce venant teinter les décors et les costumes de couleurs délicates. La caméra navigue avec souplesse, posant son regard solide sur l’action oscillant entre mouvement et stabilité. Mais toute cette beauté ne suffit pas à construire un film réussi.

La faille fatale de Genèse se trouve ironiquement dans sa propre genèse, c’est-à-dire dans le scénario. Lesage veut écrire l’histoire des premiers émois amoureux de jeunes adolescents. Mais son récit ne nous montre jamais les raisons de ces amours, seulement leur résultat. Comment ressentir le chagrin de Charlotte et de son copain lorsqu’ils se laissent alors que nous n’avons jamais assisté à des scènes de réelle complicité, de véritable amour? Même sensation envers la relation de Guillaume et Nicolas. On ne comprend que tardivement qu’ils sont meilleurs amis, et peu (voire pas) de scènes témoignent d’une relation d’amitié sincère et profonde. L’amour adolescent peut être naïf, mais jamais immotivé. Et les motivations de ces amours brillent de leur absence. Les scènes hautes en tension dramatique perdent toutes leur charge tragique tant le spectateur ne parvient pas à s’identifier aux enjeux des personnages. Heureusement qu’un solide jeu d’acteur est présent pour préserver une part de compassion. Sans quoi l’oeuvre serait vide d’émotion.

Un choix de montage douteux vient placer en épilogue une histoire d’amour candide et hautement romancée de deux préadolescents rencontrés dans un camp de vacances. Ces quinze dernières minutes, indépendantes du reste de l’histoire, viennent synthétiser l’essence de Genèse: une interprétation décalée de l’amour adolescent. La « tragédie de la jeunesse » que Lesage souhaite explorer semble décalée par rapport à la complexité et à la diversité des véritables enjeux présents à cette période de l’adolescence (du moins pour l’époque contemporaine à l’histoire). L’histoire amoureuse des personnages, ayant perdu toute crédibilité au récit, paraît bidimensionnelle, sans profondeur. Le rapport au corps, à son image et à la sexualité n’est exploré qu’en superficie, laissant vacant un espace riche en potentiel narratif.

Un film à voir? Oui, au moins pour les performances de Théodore Pellerin et de Noée Abita ; et pour alimenter les discussions sur la réception critique du film, qui paraît jusqu’à présent majoritairement favorable.

Anthony Dubé