« À travers la perversité des images de mort et de destruction que les médias font circuler en boucle […] guerriers et spectateurs sont associés, d’une certaine manière, dans une sorte de rite collectif de célébration de la violence. » Il est primordial en tant qu’humain de bien comprendre les rouages politiques entremêlés à la religion afin d’enrichir notre réflexion sur les enjeux de cette chasse aux ennemis (le terme ennemi est à prendre avec un grain de sel ici puisque je parle de la construction, l’invention d’ennemi par un état). Généalogie de la violence. Le terrorisme : piège pour la pensée de Gilles Bibeau apporte des connaissances selon moi nécessaires pour mieux définir, déconceptualiser, repenser l’utilisation du terme terrorisme. Il est indispensable de faire un saut dans l’histoire pour désamorcer l’engrenage de la violence alimenté par la société depuis que les civilisations cohabitent.

Le livre invite le lecteur à réévaluer sa compréhension de certains termes mal utilisés par les médias, les gens influents ou tout simplement un proche qui relate des idées préconçues sur des événements. « Les mots que nous employons sont toujours habités par des significations qui les dépassent ». C’est une mise en garde : lorsque nous recevons des nouvelles, il est de notre devoir d’aller chercher les détails cachés de l’histoire afin de se bâtir une opinion plus juste de la situation (un petit rappel : c’est aussi un type de propagande que de soustraire des renseignements essentiels). L’analyse des sources devient vitale pour comprendre la portée des mots utilisés.

« Il est urgent que nous prenions conscience du fait que les mots ne sont pas seulement des outils que nous utilisons pour dire et pour interpréter la réalité, mais qu’ils sont aussi de véritables instruments politiques qui servent, en dernière instance, à organiser la pensée et agir sur le monde pour y opérer éventuellement des changements. »

L’auteur amène une réflexion intéressante sur l’espace que nous laissons à la violence ainsi qu’à l’indifférence grandissante face à cette mascarade.

« Se pourrait-il que le spectacle de la destruction soit rendu quasi acceptable par le fait que la guerre continue à être interprétée, du moins dans les discours dominants autour de la campagne antiterroriste d’aujourd’hui, comme une juste punition infligée à des milices et à des organisations – voire à des sociétés entières – qui se sont elles-mêmes mises hors la loi? »

Lorsque je prends conscience de cette réalité, je me demande où va l’humanité? Devrais-je me jeter par-dessus bord de ce navire de guerre ou ramer à contre-courant pour aller dans une nouvelle direction? La réponse est pour moi évidente, il faut continuer de s’interroger sur des concepts qui ont parfois leurs limites. Être conscient que les mots que nous utilisons ont une puissance qui peut mener à la destruction, l’irrationnel. Généalogie de la violence est une lecture obligée pour tous ceux qui ont le désir d’éclaircir leurs réflexions, leurs pensées. Un voyage dans l’histoire, la politique, la religion et les enjeux idéologiques qui créent des dommages collatéraux dans le for intérieur de l’humanité.

Ève Tessier

Généalogie de la violence. Le terrorisme : piège de la pensée, Gilles Bibeau, Mémoire d’encrier, 2015.