Après Des Hommes et des dieux, Grand Prix du Festival de Cannes en 2010, le cinéaste français Xavier Beauvois est de retour avec un septième long-métrage. Dans Les Gardiennes, adaptation du roman éponyme d’Ernest Pérochon paru en 1924, il signe une fresque picturale et lyrique, narrant le quotidien de trois femmes pendant la Première Guerre mondiale. Ou quand la guerre se raconte loin des tranchées, écho d’un autre combat sans armes ni tueries.

France, 1915. Tandis que les hommes sont partis combattre au front, les femmes prennent la relève dans les champs. À la ferme du Paridier, Hortense (Nathalie Baye) et sa fille Solange (Laura Smet) travaillent sans relâche pour faire vivre l’exploitation familiale. Bientôt, Francine (Iris Bry), une jeune fille de l’Assistance publique, les rejoint pour les seconder. Elles sont les « gardiennes », figures de vaillance dont le quotidien est rythmé par les travaux agricoles et les moissons, mais aussi l’attente, l’angoisse, l’amour parfois. C’est l’histoire de ces femmes, réalité effacée de la Grande Guerre, qu’a choisi de porter Xavier Beauvois.

Ancré dans un décor de la France rurale, telle une peinture de Jean-François Milet, Les Gardiennes s’appuie sur un scénario captivant – la Première Guerre mondiale du point de vue des femmes, libérées pour un temps de la vie patriarcale et sur qui tout repose désormais. Dans ce contexte, le film tire sa force de la sobriété et du lyrisme qui s’en dégagent. Une photographie dépouillée et une lumière incandescente donnent naissance à des tableaux cinématographiques sublimes, rappelant la grâce de Des hommes et des dieux, le précédent film auréolé du réalisateur. Il y a aussi la profondeur des protagonistes, dont le duo mère-fille entre Nathalie Baye et Laura Smet, porté de la réalité à la fiction. Et une révélation, Iris Bry, qui crève littéralement l’écran avec son interprétation puissante et d’une grande justesse du personnage de Francine.

Pour autant, Les Gardiennes n’échappe pas à quelques faiblesses. D’un point de vue narratif, les jours se suivent et se ressemblent, les saisons passent, chronique presque silencieuse de la vie de ces femmes pendant la Première Guerre mondiale. Une cadence qui procure au film sa beauté, mais aussi ses lenteurs. Le rythme, parfois, s’essouffle au risque de ne jamais faire naître la tension espérée. L’action ne prend réellement forme qu’à l’occasion de certains moments forts : lors des retours en permission des frères, des pères ou des maris partis en guerre ; ou lorsque le maire, mine grave et chapeau noir entre les mains, se présente pour annoncer la mort de l’un d’entre eux. Les dialogues alors brisent les silences, le quotidien s’anime, des bouleversements s’opèrent. Comme si, malgré le scénario originel, les femmes n’étaient finalement qu’un faire-valoir, et les hommes les véritables héros d’une guerre qui leur appartient.

Passée cette déception, Les Gardiennes s’impose malgré tout comme un grand film, dont la beauté de l’image suffirait à nous convaincre.

Léa Houtteville

Les Gardiennes, de Xavier Beauvois (2h14), en salles le 23 février 2018.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :