Crédit photo: Maxime Côté

Chaque année, comme on le sait, la scène théâtrale québécoise s’enrichit de nouveaux talents en interprétation, scénographie, mise en scène et production, issus des différentes écoles de théâtre du Québec. En dehors de la saison régulière, les exercices publics de l’École Nationale de Théâtre permettent à un public averti d’assister à l’émergence de ces artistes en formation.

L’École Nationale présente, du 28 novembre au 1er décembre, Les Paroles, de Daniel Keene, mis en scène par Alix Dufresne (étudiante de 2e année en mise en scène), avec Rachel Graton (finissante en interprétation en 2010) et Eric Robidoux (finissant en interprétation en 2005). Mais il faut faire vite: aucune réservation pour grand public n’est possible, c’est donc premier arrivé, premier servi!

Les Paroles, c’est une histoire d’errance symbolisant notre condition de vivant, une expérience sensorielle visant la transcendance. Helen et Paul errent de ville en ville, en quête d’un logis. Plus que la recherche d’un lieu où s’établir, c’est aussi celle d’une vérité qui est questionnée ici. Une vérité parmi le trop tangible et terrible vide ambiant. La perception démultipliée du monde et les mots appropriés pour en parler, s’ils existent, sont évoqués par une scène épurée où sable et lumière forment une image saisissante d’immensité.

Le langage et le corps sont en mode survie: chaque geste ou parole relève d’une pureté enfouie. On assiste au développement d’un «langage physique personnel», pour reprendre les mots de Dufresne. Rachel Graton et Eric Robidoux, tordus physiquement et moralement, nous livrent une performance à la fois criante de douleur et toute en silence, en repliement sur soi. Un paradoxe qui happe la sensibilité du spectateur du début à la fin.

C’est définitivement à travers l’aspect visuel du spectacle que la solitude et la souffrance des corps se font ressentir le plus puissamment. Il faut souligner le travail des étudiants et finissants en scénographie et en production qui forment l’équipe artistique: Max-Otto Fauteux (finissant en 2010) aux décors, Shlomit Gopher (3e année scénographie) aux costumes, Erwann Bernard aux costumes et Gonzalo Soldi (2e année en production) au son. C’est précisément la simplicité de ces éléments sur scène qui, par leur agencement, rend la pièce aussi poignante. Évidemment, tout cela ne serait rien sans l’équipe de production qui rend concrètes toutes ces bonnes idées: elle est composée principalement d’étudiants de première et deuxième année en production.

Une production très bien ficelée, représentative de l’ampleur du talent dont font preuve nos artistes d’aujourd’hui et de demain. Des noms à garder en tête, assurément !

Pour la liste complète des étudiants participant au projet, pour se tenir au courant des activités de l’École Nationale et/ou pour plus d’information sur les inscriptions (présentement en cours, c’est le temps de se lancer !), rendez-vous au: http://www.ent-nts.ca/fr/

– Emie Morin

Les paroles de Daniel Keene.

Mise en scène: Alix Dufresne (encadrement de Christian Lapointe)

École Nationale de théâtre du Canada, au Laboratoire d’éclairage.

28,29 et 30 novembre 2012, 20h. 1er décembre, 16h.