Montréal Place des arts, la salle est bondée. La foule réunie assiste en silence à une performance de gang de rue. Des hommes aux accents étranges et aux muscles imposants se présentent devant nous. La musique est enlevante et annonce clairement l’intention de la soirée : du rythme, beaucoup de rythmes. Qui sont-ils?

Il s’agit de la Compagnie Käfig. Fondée en 1996 par Mourad Merzouki. Ce dernier a pratiqué dès son jeune âge les arts martiaux et les arts du cirque avant de faire la rencontre du hip-hop, ce qui changera sa vie. Grâce à la danse, il sera amené à voyager autour du monde et plus particulièrement au Brésil. Il y fera la connaissance de jeunes danseurs provenant des favelas lors de la Biennale de la Danse de Lyon en 2006. Leurs routes seront désormais liées. Depuis, il a été nommé directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val-de-Marne (région Île-de-France) en 2009. Il va s’en dire, cette gang de rue, exclusivement masculine, possède un bagage complètement différent du nôtre; spectateurs confortablement assis dans nos fauteuils.

Le spectacle se développe en deux chorégraphies : Correria+Agwa. Bien que ce soit deux pièces différentes, plusieurs fils conducteurs apportent de l’uniformité et de la fluidité au spectacle. Il y a d’abord la musique. Je dois confesser que je ne suis pas très auditive. Dans ma vie, la musique sert plutôt de toile de fond. Je suis une femme d’image, de visuel et de 3 dimensions. Mais pas cette fois-ci. La musique est tellement prenante, omniprésente et nécessaire à cette performance que je me suis fait complètement fait prendre. On pourrait s’attendre à des « beats » hip-hop nous martelant les oreilles toute la soirée, il n’en est rien. Presque chaque pièce musicale aborde un style différent auquel des rythmes ont été ajoutés pour apporter cohérence au déroulement. Il y a bien sûr du hip-hop, de la musique électronique, mais également de la bossa-nova et du chant lyrique! Partant du même principe, les interprètes exécutent leurs chorégraphies intégrant des mouvements provenant de toutes sortes de danse : break dance, tango, hip-hop, capoeira ou encore samba.


Correria m’a donné l’impression d’être devant une joyeuse bande de jeunes garçons dans une cour d’école.

 

  • Je cours plus vite que toi!
  • Et bien moi, je peux me tenir sur la tête!
  • Ah oui? Est-ce que tu peux sauter aussi haut que moi?

 

Combat de danse rythmé, course effrénée, habile jeu sur la décortication du mouvement à l’aide de jambe de bois et acrobaties m’ont réellement tenue en haleine toute la première partie du spectacle.

Agwa, quant à lui, baigne dans l’eau! L’importance de l’eau n’est pas présentée ici de façon moralisatrice ou rébarbative. On y aborde, bien sûr, l’abondance de déchets. Symboliquement représentée par des centaines de verres de plastique, parmi lesquels les danseurs évoluent. On y montre aussi que l’humain a un certain contrôle sur ce désordre. Par contre, ce qui est réellement mis de l’avant est l’effervescence et la source de vie qu’est l’eau pour chacun de nous. Le tango final entre mains et verre d’eau m’a complètement charmée et me fait encore sourire aujourd’hui. À ne pas manquer!

Danse Danse présente Correria + Agwa de la Compagnie Käfig, pour un soir encore à Montréal, 14 avril 2012 à la Place des arts. La compagnie poursuivra sa tournée à Québec, Ottawa et Sherbrooke tout au long du mois d’avril.

– Maryvonne Charpentier

Plus de détails : www.ccncreteil.com