Le deuxième film de Louise Archambault (Familia) fait partie de ces nombreux films québécois, comme Sarah préfère la course et Vic + Flo ont vu un ours, dont on a entendu parler plusieurs mois avant même qu’ils sortent en salles. Ainsi en est-il de gabrielle, qui, plus personne ne l’ignore, a gagné le prix du public au festival de Locarno, et que certaines rumeurs placent déjà comme sélectionné pour représenter le Canada à la catégorie du film de langue étrangère aux Oscars. Malgré tout cela, gabrielle est un film bien modeste (dont le titre se permet même de se passer de majuscule) qui suit une protagoniste tout aussi modeste, pour laquelle vivre une vie bien normale constitue déjà un exploit de taille.

Le film s’articule autour d’une femme dans la vingtaine atteinte du syndrome de Williams. Elle vit en compagnie d’autres handicapés mentaux, surveillés par des assistants sociaux, échange avec sa sœur avec qui elle a une relation fusionnelle, néanmoins quelque peu problématique, et prépare avec la chorale des Muses un numéro musical sensé accompagner le spectacle de Robert Charlebois. Ces évènements d’apparence ordinaires, en plus d’une tentative de relation amoureuse « normale », prennent l’ampleur d’un combat personnel et parfois social de la part de quelqu’un qui ne semble pas toujours en comprendre les enjeux.

Empruntant une démarche documentarisante, avec une caméra intimiste, parfois même voyeuse, Louise Archambault réussit à éviter le sentimentalisme mielleux et le mélodrame. Ceci n’est pas un film sur la maladie mentale, c’est un film avec un individu handicapé gérant des problèmes de tous les jours. La nuance est importante. Cela n’empêche pas le film d’être ponctuée de scènes particulièrement touchantes, comme la première randonnée en autobus de Gabrielle. La réalisatrice a d’ailleurs pris le soin de mélanger des acteurs professionnels avec de véritables handicapés mentaux. C’est assez réussi, puisque, quand on l’ignore, il est difficile de savoir lequel est lequel. On peut penser que la scène du spectacle avec Robert Charlebois, vers lequel culmine le film, est une manière détournée pour rapatrier et charmer le public québécois, mais elle est si juste et tellement bien imbriquée dans l’histoire, qu’elle passe très bien. L’apparition d’une autre personnalité québécoise semble un peu plus gratuite. Sans être l’événement cinématographique québécois de l’année, gabrielle est un pari assez réussi, et, il faut l’avouer, un chouette film.

– Boris Nonveiller