Gabriel est perdu. Ou a tout perdu, c’est selon. Gabriel passe son existence comme on mange nonchalamment un sac de Doritos ou qu’on boit goulûment un coke trop sucré. Rapidement, sans penser aux conséquences. Dans ce roman de Julien Roy, Gabriel tombe en amour comme on fait une (jolie) erreur. C’est tellement bon… Mais comme toute bonne chose, il doit bien y avoir un arrière-goût, non?

Entrecoupé de passages lourds du présent, qui laissent présager toute l’horreur et la dépression de la fin du roman, on découvre le quotidien du protagoniste. D’une plume légère, affutée, on découvre un Gabriel cynique, à la répartie facile, qui évolue dans un éclairage tamisé de bar, les éclats de l’alcool et de la drogue, le sexe mécanique qui ne veut rien dire. Sex and Drugs and Rock and Roll dans toute sa splendeur.

La rencontre avec Fannie, dont les répliques ont la jolie tournure (et la rigidité) des rencontres en ligne – ou d’un passage trop travaillé -, redonne un petit souffle de bonheur simple à Gabriel, qui s’étouffait visiblement dans son mode de vie exaltant certes, mais ô combien potentiel d’ennui à long terme. Un adolescent attardé peut vite tourner en rond dans sa propre routine, aussi folle soit-elle.

Fannie, personnage fantasque, est presque trop “parfaite” pour être vraie. Ou trop incohérente pour ne pas devenir une sorte de fantasme de la femme moderne: pleine de qualités disparates, qui ensemble peuvent sonner faux. Celle qui étudie dans le but d’obtenir son baccalauréat en microbiologie est rousse et coquine, belle et aussi mignonne, frondeuse et parfois timide, décidée et douce, réservée et artistique, un brin criminelle (juste assez) mais sage à ses heures, jalouse mais tentée, fan de rock et sensible, enfantine et philosophe quand l’envie lui prend… Ouf.

Malgré cette Fannie plus grande que nature, Gabriel est perdu est agréable à lire. Si la fin est prévisible à des milles à la ronde, elle est tout de même bien menée. Et en refermant le livre, je me suis rendue compte que je l’avais lu d’une traite. Parce que si Roy présente certaines maladresses inhérentes des premiers romans trop travaillés, il a un sacré don: celui de nous tenir en haleine jusqu’au bout.

– Mélissa Pelletier

Gabriel est perdu, Julien Roy, Éditions XYX, 2015.