Crédit photo : PA

Un band sur la route, ça se passe comment? PA a eu envie de nous raconter ça un brin. PA joue dans Fuudge, compose dans Barrdo, gère dans Poulet Neige et lit dans son salon. Il aspire à écrire autres choses que des chansons ou des demandes de subvention. Peut-être. Parfois. Cet été, on part dans les festivals avec la formation stoner grunge psychédélique francophone (selon sa propre description). Allons-y!

Les comptes-rendus de festivals me laissent souvent perplexes. Ça se résume souvent à « C’était magique, vous auriez vraiment dû être là ! ».

Alors, Le Festif! de Baie-Saint-Paul, c’était comment?

Magique. Vous auriez vraiment dû être là.

***

Gros soleil pendant deux jours.

Durant la journée, Le Festif! a su garder les festivaliers à l’affût grâce à une abondance de spectacles-surprises qui surgissaient ici et là : Alex Burger et Mon Doux Saigneur au dépanneur l’Accommodation, Yann Perreau sur une grue, Paul Piché dans le parc, Dave Chose dans une cour arrière… L’application du festival avait le mandat d’aviser le public de ces performances spontanées, mais le réseau cellulaire étant non-fonctionnel la plupart du temps, errer, bière à la main, et tendre l’oreille était une meilleure option. Une bonne idée promotionnelle, qui a bien exploité notre peur de ne surtout rien manquer, pour pouvoir dire « qu’on était là » …

Ciel bleu et dégagé, sans nuages, pendant trois jours. Le rêve.

Fuudge, dans lequel j’officie en tant que bassiste, a joué au Garage du Curé vendredi soir. Un décor à point pour des chansons avec plusieurs références religieuses, voire sataniques, comme l’a souligné le curé lui-même lors de la présentation du groupe. Il y eut peu de contact visuel entre nous, qui jouions à l’intérieur du garage débordant de fumée, teinté de lumières, le public à l’extérieur. Mais la mise en scène était parfaite, m’a-t-on dit. Musicalement, c’était un de nos meilleurs spectacles. Les nouvelles pièces, issues de l’album à paraître à l’automne, sont plus intenses et brutales que celles issues des deux premiers EPs, et c’est là-dessus qu’on mise désormais. Ce n’est pas tout à fait du métal, plutôt stoner-rock-grunge, comme aime le préciser David le chanteur/meneur. Peu importe l’appellation, ça bûche, ça garroche pis ça crie. Peut-être un peu intense pour de possibles bourgeois convenables déambulant par hasard, mais probablement qu’eux aussi y trouveront leur compte, voyant en nous des reliquats de psychédélisme rock 60/70s, expressions modernes de leur folie d’antan.

Le spectacle-hommage à Desjardins? Bah, c’était un spectacle-hommage. À Desjardins, certes, pavé de bonnes intentions, oui, mais un spectacle-hommage, tout de même. Pas mon truc. Par contre, je serais vraiment partant pour un spectacle-hommage à un artiste du genre Normand L’Amour, ou Marie-Chantal Toupin. Ça, ce serait excellent, j’embarquerais sans hésiter. Faites-le quelqu’un, svp.

J’ai vu Suuns plusieurs fois, beaucoup écouté leurs deux premiers albums, un peu moins les deux derniers. Samedi soir, dans le sous-sol de l’Église, c’était transcendantal, rien de moins. Un spectacle total, sans temps morts, aux confins d’une réalité parallèle. Les repères habituels de musicien/mélomane (progressions d’accords, mélodies) y sont en quelque sorte absents, et cèdent la place à des manifestations sonores plus abstraites : vrombissements acharnés, pulsations qui émergent puis s’effacent, incantations mystiques. L’expérience fût intense, et a laissé mes oreilles trop épuisées pour assister au grand retour du Nombre, malheureusement.

Le festival s’est conclu par un spectacle du fascinant Philippe Brach au Quai. Il fait désormais partie des artistes vedettes de la province ; il était d’ailleurs parmi les interprètes à l’hommage à Richard Desjardins la veille. Pourtant, il n’a jamais adouci son étrangeté, sa marginalité, ni renié ses tendances débauchées. Un genre de chaînon manquant nécessaire. Certains assistaient au spectacle de leur licorne géante gonflable sur le Fleuve. Si ça c’est pas le paradis, que l’est?

Je ressors du Festif! comblé par la vie, empreint d’amour pour l’humanité, la nature, le Québec et ses habitants, jeunes ou pas. Rien de moins. Sortez de chez vous, allez voir le Fleuve, allez voir les villages en région, allez vivre et respirer la culture, ça sent bon.

IL FAISAIT TELLEMENT BEAU.

Fraternité, quand tu nous tiens!

Depuis au moins deux ans s’est construite à Montréal quelque chose comme une fraternité de musiciens, autour de différents projets : Mon Doux Saigneur, Alex Burger, zouz, feu Câltar-Bateau. Cette gang sans appellation officielle se partage le devant de la scène, s’échange les rôles, dans un enthousiasme semble-t-il perpétuel. On a eu droit à bel exposé de leurs talents samedi dans la journée, à gauche et à droite sur le site du Festif!. Même si les tendances et aspirations de chacun sont clairement distinctes, il y a une filiation certaine entre tous ces projets. J’y vois le désir de perpétuer une tradition chanson-rock authentiquement québécoise, liée au patrimoine musicale des 50 dernières années, mais également très moderne dans l’approche. Tout cela m’enchante. À des influences folk-blues-psychédélique 60-70s se mêlent des tendances plus modernes : métriques irrégulières, bruitage, solos décalés. Bien sûr, les mélomanes avertis renchériront que tout cela est bien commun depuis longtemps. Mais il y a quelque chose d’original dans leur approche très naturelle, instinctive et relâchée.

Tout ça me rappelle le temps, quelque part entre 2008 et 2013, où gravitaient autour d’un noyau d’à peine quelques musiciens, dont je faisais partie, nombre de projets différents : Lac Estion, Le Roi Poisson, Ralf Wiggum, Le Citoyen. Tous les groupes ont finit par éclater, se scinder, sous la pression créative et les ambitions artistiques de leurs membres, et ont changé de visage : Groenland, Barrdo, Simon Kingsbury, Jérôme Dupuis-Cloutier. C’est un peu ce qui est arrivé avec Câltar-Bateau, qui s’est arrêté en 2016 malgré un quasi-triomphe aux Francouvertes. D’ailleurs, qui peut nommer un groupe québécois, mené par plus d’un artiste/créateur qui a subsisté plus de, disons, 15 ans ? Plutôt rare, on dirait…

Le Festif! en quelques réflexions 

– D’abord, en terme d’organisation écoresponsable, le Festif fait figure d’exemple. Le festival ne fournit que des verres en plastique consignés, et de multiples stations d’eau fraîche remplacent les odieuses bouteilles habituelles. En 2018, tout cela devraît être la norme, et même une obligation pour tous les événements, particulièrement ceux qui sont subventionnés, il me semble. Ce ne l’est pourtant pas, mais Le Festif! le fait. Bon, pour le vegan intégriste que je suis, il m’apparaît incohérent, voire aberrant, que l’offre alimentaire soit si peu végétarienne/végétalienne dans un festival qui vise l’écoresponsabilité, le développement durable et compagnie, mais ça c’est une autre histoire.

– Côté programmation, Le Festif! se positionne clairement du côté de l’alternatif en affichant un panorama assez complet de ce qui se fait dans le demi sous-sol de la musique québécoise. Il y a certes des noms plus connus (Patrick Watson, Vincent Vallières, Pierre Lapointe), mais on est loin du traditionnel combo Alfa Rococo, Patrice Michaud, Éric Lapointe et compagnie. Quand j’étais jeune, à Saint-Jean, c’était à l’International de Montgolfières que j’allais. Quand je regarde leur programmation actuelle, je ne sais pas ce qu’un être humain de 25-30 ans pas d’enfants irait faire là. La portion alternative est assurée par LOUD et Hubert Lenoir, les deux artistes alternatifs de service pour l’été 2018 (que je respecte beaucoup!). Ouin… La voie choisie par Le Festif! semble être la bonne puisqu’on a battu des records d’affluence, aux dernières nouvelles.

– Je n’ai pas grand chose d’intelligent à dire là-dessus, mais cristi, il n’y a pas beaucoup de femmes dans les groupes de musique au Québec! Particulièrement du côté de la scène rock! Peut-être qu’y en a plein aussi, mais de toute ma fin de semaine au Festif!, les seules femmes que j’ai vu sur scène étaient la chanteuse/bassiste et la saxophoniste de VICTIME VICTIME, et Maude Audet, sa
claviériste/violoncelliste et sa bassiste. C’est tout. Je crois (je sais) que secrètement, il y a plusieurs groupes d’hommes qui hésitent à inclure une femme dans leur groupe pour pouvoir continuer à dire des blagues terriblement déplacées. Être dans une van avec quatre gars est l’occasion rêvée d’extérioriser toutes les choses pas possibles que le politiquement correct (ou peut-être simplement la décence plus élémentaire) nous empêchent de dire ailleurs. Pourquoi est-ce qu’une femme dans un groupe empêcherait ça, au fond? Tékâ.

– Mention spéciale au service de police et à la sécurité du Festif! qui a laissé les gens vivre, boire et fumer sans les emmerder. Dans toute l’aire gratuite, où avaient lieu au moins 50% des spectacles, on pouvait littéralement se promener avec une caisse de bière, et s’asseoir dans l’herbe pour la boire, sans se faire achaler. Ça me rappelait joyeusement le temps, où je n’étais pas né et que je n’ai jamais connu, où tout était permis et vraiment mieux. Ce fameux temps existe presque au Festif!

– PA

Fuudge sur la route, une chronique à suivre tout l’été!

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