Un band sur la route, ça se passe comment? PA a eu envie de nous raconter ça un brin. PA joue dans Fuudge, compose dans Barrdo, gère dans Poulet Neige et lit dans son salon. Il aspire à écrire autres choses que des chansons ou des demandes de subvention. Peut-être. Parfois. Cet été, on part dans les festivals avec la formation stoner grunge psychédélique francophone (selon sa propre description). Allons-y!

Voici un autre compte-rendu trop long de la mini-tournée Bas-St-Laurent/Acadie de Fuudge.

Fuudge étant Fuudge, on calcule la durée réelle de nos trajets en multipliant par environ 1.3 le temps que ça prend sur Google Maps. C’est le « coefficient Fuudge » officiel. Donc, on prévoyait se rendre à Moncton en 13h. Impossible de le faire en une journée. Il nous fallait dormir à mi-chemin. L’opportunité de dormir et jouer au Manoir Saint-André, à Saint-André-de-Kamouraska, est tombée du ciel, à peine quelques jours avant le départ. C’était ça ou une nuit à l’hôtel, sans possibilité de pratiquer. Faut dire aussi que, tsé, on n’a pas vraiment de local de pratique, pis notre fois précédente était au Festif le 20 juillet. Faisait un boutte.

Notre premier arrêt-spectacle a donc été à ce manoir-gîte qui date de 1879. À ce que j’ai compris, les ravissants Alexis et Florence le gèrent depuis plus d’un an, mais en sont propriétaires depuis quelques jours seulement. Pleins d’ambition, ils travaillent à en faire une salle de spectacle officielle à moyen terme, et à y ajouter quelques mini-chalets. Alexis nous a affirmé, en simplifiant sans doute sa vision, que tout ce projet était élaboré dans l’optique de « fuir le capitalisme », ce qui nous a amenés à de longues discussions dans la voiture le lendemain, à savoir s’il était vraiment réaliste et souhaitable de « fuir le capitalisme ». La réponse après la pause.

Fuudge arrive au Manoir St-André à St-André-de-Kamouraska.

Alexis et Florence veulent positionner le Manoir comme arrêt-spectacle-hôtel pour les artistes en direction de la Gaspésie et cie. Très bon plan, crois-je, parce que c’est vrai qu’il y a peu d’opportunités entre Québec et Gaspé, disons, pour couper un peu la route. Il semble en plus avoir un bon bassin de mélomanes dans le coin, du moins pour Fuudge. Le spectacle était semi à l’improviste, prévu comme un jam devant public ; il y a eu tout de même une trentaine de personnes. Succès.

Le lendemain, Moncton.

Nous étions bien excités à l’idée de jouer avec les Hôtesses d’Hilaire. Malheureusement, ils ont dû annuler leur prestation, pour cause de drame familial. Dommage, mais c’est la vie. Ou le contraire. Joseph Edgar était avec ses musiciens dans le coin, entre 2 spectacles, et les a remplacés au pied levé avec une solide prestation. On s’est ramassé à jouer en tête d’affiche, vers 00h45. C’était tard, la salle était à moitié remplie, mais le public présent était enthousiaste et excité.

C’est beau le Nouveau-Brunswick.

Nos 2 chambres d’hôtels étaient les plus belles qu’on a eues à ce jour. Peut-être est-ce là un signe que le projet a gravi quelques échelons depuis ses débuts, il y a moins de 3 ans. D’ailleurs, l’ascension de Fuudge m’apparaît assez exceptionnelle. Nous avons court-circuité les spectacles brunâtres à rabais, et passé directement aux festivals et cie. Faut dire que les compositions de David (Bujold) sont crissement efficaces et palpitantes, et le spectacle assez grandiose. (Bien humblement)

Notre modus operandi habituel est de repérer un parc, si possible un cours d’eau, où aller digérer nos mycéliums après le spectacle. À Moncton, ça s’est avéré ardu. Il y a bien une rivière, mais elle n’était accessible que par un parc riverain plus ou moins excitant. Et le parc près du centre culturel où nous jouions était réputé pour ses junkies, semble-t-il, donc à déconseiller. Nous nous sommes retrouvés dans une fête excentrée, plus ou moins aptes à socialiser. Notre présence n’aura été que furtive. Alors que nous sommes rentrés à l’hôtel vers 5h du matin, David s’est transformé en Stanley Kubrick, errant dans les couloirs avec sa Super 8, trouvant sur les murs et planchers des motifs fabuleux dignes de Sundance, ou de l’ONF.

Voilà pour les spectacles.

Maintenant, les extras, en vrac.

– Un jour, quand le climat sera insupportable dans le haut du Saint-Laurent, quand les réfugiés climatiques arriveront en masse autour de Montréal, exaspérés de survivre dans les quasi-déserts au sud, nous déménagerons un peu plus au nord, vers la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick. Dans 100 ans, on y trouvera des métropoles. Et puis, on ira vers le Nunavut, et puis l’Arctique. Les gens du Sud iront prendre des vacances au Nord, là où le temps est plus frais, où il fait bon vivre. Dans 250 ans, le Nunavut, les Territoires et compagnie seront envahis pour de bon par l’Homme tanné de suffoquer. Tout cela commencera par des maisons de vacances au bord de lacs pour l’instant quasi-immaculés. Puis se développeront des villages, des villes, etc. Voilà ma prédiction.

– En à peine quelques heures, dans l’attelage de Fuudge, on passe sans sourciller de Laurence Jalbert à Cannibal Corpse, de Philip Glass à Hubert Félix Thiéfaine. Quand même drôle de penser que dans le passé, des gens se soient attachés si fortement à des styles, des courants, au point d’être prêts à brûler des albums, ou d’aller siffler dans des concerts adverses. Par exemple, l’aversion du disco par certains rockeurs a atteint un niveau un peu surréaliste à Chicago en 1979 quand 20 000 albums associés au style disco ont été brûlés dans un parc public. C’est ce qu’on appelle prendre les choses à cœur. Des compositeurs se sont confrontés, rabroués publiquement, parfois rassemblés en cliques, au nom de visions différentes de la tonalité, de l’esthétique. Je peine à imaginer la même chose aujourd’hui. On vit dans une période d’opulence, qui plus est sans ces oppressantes frontières entre les styles. Vive la modernité!

– C’était la première fois au Nouveau-Brunswick pour Fuudge. Et aussi la mienne. J’ai été surpris de constater à quel point la culture est différente de celle du Québec. Je croyais insolemment qu’on y trouverait une genre d’extension de la culture francophone québécoise avec nombre de particularités locales. Je croyais que l’affiche d’Acadie Rock serait dans la lignée de celles du Festif et cie. Et bien, non. La majorité de l’affiche provenait du Nouveau-Brunswick, et m’était totalement inconnue. L’écosystème culturel du Nouveau-Brunswick, bien que plus modeste que celui du Québec, est un monde en soi, dont nous ne connaissons au Québec que peu de spécimens (Lisa Leblanc, Les Hôtesses et autres évidences). Ce fût mon impression.

– Les Acadiens ont un mot pour les Québécois un peu lourdauds qui s’échouent sur leurs plages (entre autres) : les Kweebs. On m’a même expliqué certaines nuances entre les Québécois et les osties de Québécois. Paraît que certains Kweebs viennent tonitruer en Acadie, et se permettent de reprendre les Acadiens francophones sur leur langage. Tout cela me rappelle le rapport des Québécois à un certain autre peuple francophone outre-atlantique… Conclusion #1 : en quelque part, on est tous l’envahisseur ou l’imbécile de quelqu’un. Autre conclusion : Si l’être humain a tendance à se rassembler (autour d’un feu, en village, en bande…), il a aussi tendance à se diviser dès que l’occasion se présente. Comme d’insatiables physiciens, il nous faut toujours séparer chaque espace en clans, comme on sépare chaque molécule en atomes puis en particules. Ceux qui vivent au-delà de la rivière vs les autres, ceux qui vivent dans la Baie vs les autres, Val d’Or vs Rouyn, le Lac vs le Saguenay, Québec vs Montréal, le Plateau vs Hochelaga. Peut-être que ce sentiment d’appartenance micro-nationale est nécessaire pour avoir un élan de survie, l’envie de se démarquer. Je sais pas.

– Il serait vraiment temps de développer l’offre alimentaire le long des autoroutes. Câlisse que c’est déprimant. Qui se réjouit, au juste, du quasi-monopole de Tim Hortons et Subway? Ça arrange qui, vraiment? La situation est encore pire quand t’as un régime vegan, comme c’est le cas d’une moitié de Fuudge. Ça devient alors pas mal impossible de s’alimenter décemment sur les autoroutes. Par chance, on a pu trouver à Notre-Dame-du Portage, par une petite déviation pas loin de Rivière-du-Loup, un café bio-équitable-végé, La Bette à Cath, où on a pu manger face au fleuve et au soleil. On a du paraître un peu fanatiques, extasiés devant la possibilité d’avoir de la vraie nourriture faite avec amour, respect et compassion. J’en ai encore la larme à l’œil. Alleluia.

12 heures dans un char, ça rend un peu fou, mais ça donne la possibilité de se développer de nouvelles facettes. Dans mon cas, les longs périples de Fuudge cet été m’ont permis de déployer mes talents d’artisan de la carotte immature (la carotte étant mature), comme en témoignent ces magnifiques photos. On se laisse là-dessus.

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PA 

Fuudge sur la route, une chronique à suivre tout l’été!

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