Un band sur la route, ça se passe comment? PA a eu envie de nous raconter ça un brin. PA joue dans Fuudge, compose dans Barrdo, gère dans Poulet Neige et lit dans son salon. Il aspire à écrire autres choses que des chansons ou des demandes de subvention. Peut-être. Parfois. Cet été, on part dans les festivals avec la formation stoner grunge psychédélique francophone (selon sa propre description). Allons-y! 

Pour bien des jeunes Québécois de l’ère post-nationaliste, la Saint-Jean Baptiste est un peu devenue une méta-tradition, ou une méta-fête. Plus que sur des faits historiques, ou des mythes, on y réfléchit sur le sens même de l’événement. Que fête-on déjà? Sommes-nous concernés? Les plus valeureux et tenaces se risquent à quelques commentaires à tendance vaguement politiques : les autres se regardent, hésitent entre cynisme et surenchère. Dès que possible, plus tôt que tard, on clôt le débat et on entre dans le vif du moment : la bamboula. La défonce, la noce, l’anesthésie générale, la beuverie du siècle. Pas besoin de compromis ou de délibérations pour ça, tout le monde est d’accord, dès le départ.

Le 23 juin dernier, j’étais en tant que bassiste au SeaShack, à Sainte-Anne-des-Monts en Gaspésie, pour un spectacle de Fuudge. Le SeaShack, pour les curieux, est une auberge adéquatement autoproclamée festive, qui existe depuis quelque chose comme 10 ans. Peut-être plus, peut-être moins, là n’est pas le point. C’est le genre de place qu’on imagine être l’habitat naturel de Canailles ou de Bernard Adamus, mettons. Avouons-le, Fuudge, que je qualifierais d’apolitique et brutal, c’est quand même plus surprenant comme spectacle de Saint-Jean. Les soucis étaient vains : Fuudge s’est imposé pour une bonne heure et quart.

La première heure post-spectacle a été une épreuve, par contre. Notre souffle à peine rétabli, le hip-hop a repris son trône, laissant sans équivoque la place réelle qu’occupe le rock dans l’esprit des jeunes québécois présents, pour la plupart dans la début vingtaine semblait-il. Peut-être était-ce simplement le contraste entre la lourdeur de notre set-list et l’apparente légèreté (musicale) de ce qui a suivi qui m’a frappé. Peut-être était-ce la futilité de mes idéaux politiques qui m’apparaissaient évidente soudainement. Peut-être était-ce les champignons gobés à mi-spectacle qui lançaient l’assaut. Peut-être que, me disais-je, consterné, le rock agonise! Peut-être est-il déjà mort, sans qu’on me l’aie dit. D’un coup, notre performance avait dans mon esprit des allures de Parc Jurassique : des dinosaures qui s’époumonent pour nier le déclin de leur ordre devant de jeunes adeptes d’un culte nouveau, aka le hip-hop et ses dérivés.

Je sais bien que le rock est loin d’être mort. Seulement, il commence peut-être à se faire vieux, et est plus tranquille qu’avant. On imagine aisément le rebelle des années 60, 70, 80 ou même 90, traverser la ville avec du gros rock à tue-tête pour manifester sa différence, son opposition à l’indécence généralisée du monde. En 2018, le rebelle diffuse sans ironie sa musique de douche : de la grosse pop. Le rock n’a plus la valeur de rébellion qu’il avait. La rébellion elle-même n’a plus valeur de rébellion. Elle est, tout comme le rock, plus devenue un style ou une esthétique qu’une allégeance. Peut-être est-ce juste le temps qui passe et déforme mes impressions.

Bref, vaguement mû par ces réflexions, et alimenté par l’esprit débauché du SeaShack, Fuudge a opté pour l’excès, comme pour alimenter d’un modeste bûche le grand brasier du ROCK. Oui, oui, le grand brasier du ROCK. N’ayez craintes, il devrait être bon pour quelques jours…

– PA

Fuudge sur la route, une chronique à suivre tout l’été!

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