Photo : Claudia Pajewski

Après avoir séduit le public du FTA en 2016, Daria Deflorian et Antonio Tagliarini reviennent nous présenter leur théâtre d’enquête avec Quasi niente, une œuvre qui s’intéresse au vide existentiel en s’inspirant du film d’Antonioni Deserto Rosso.

Le plateau est dénudé. Une simple toile translucide délimite l’arrière-scène, où les acteurs observent le public avant le début du spectacle (et derrière laquelle ils disparaîtront dans une image spectrale à couper le souffle, à la fin). Quelques meubles, presque dénaturés, font figure de derniers remparts vers l’autre, vers une vie à l’extérieur de soi. Les six personnages se présentent tour à tour. Trois femmes, deux hommes, sans nom, définis comme ils l’entendent. 30, 40, 50, 60 ans.

Animée par une volonté d’explorer la forme théâtrale, les créateurs ont délaissé la structure dramatique classique, pour dévoiler plutôt une œuvre qui s’apparente à l’essai. Les personnages témoignent de leurs souvenirs, de leurs réflexions, de leurs états d’âmes, de leurs silences. À la manière de la force créatrice de Monica Vitti dans les films de Michelangelo Antonioni, on sent l’implication des acteurs dans l’exploration de l’érosion intérieur, du grand désert dépressif qui habite chaque être humain à un point ou un autre de sa vie. On les regarde exister, habités de leurs questionnements, retrouvant peut-être dans leurs combats, une résonance de notre propre aliénation. On nous parle de Deserto Rosso, certes, mais également d’Alice Munro et Mark Fisher, tous habités par la triste condition humaine, par le mal-être de la classe moyenne, par la domesticité du quotidien. L’ensemble du travail est enveloppé de la voix profonde de Francesca Cuttica (et des chansons qu’elle a composées avec son groupe WOW), ce qui permet au spectateur de plonger dans une sorte d’état de contemplation active, si une telle chose se peut.

Pour ceux qui trouveraient le sujet lourd, il faut savoir que le traitement ne l’est pas, grâce à l’humour, à la poésie et au ton ludique du spectacle. Ainsi, le drame humain devient un peu moins isolant et il semble momentanément moins difficile de faire face à l’abîme dans laquelle se mire l’humanité.

– Rose Normandin

Quasi niente, de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, au Festival TransAmériques jusqu’au 25 mai. Pour les détails, c’est ici.