Photo : Simon Gosselin

Avec Tous des oiseaux, Wajdi Mouawad revient aux grands mélodrames familiaux qui ont fait sa marque, évoquant ses œuvres précédentes comme Littoral ou Incendies. Il revisite ici les thèmes qui lui sont chers, soit le poids de la filiation, la recherche identitaire, l’origine de la haine, la quête de la rédemption.

New York. Wahida (Nelly Lawson) et Eitan (Jérémie Galiana) tombent amoureux.  Il est juif allemand, elle est Américaine d’origine arabe. Ce qui commence par une histoire d’amoureux que tout sépare se transforme en quête d’origine déchirant les cœurs au passage.  On retrouve le metteur en scène dans son élément, alors qu’il nous entraîne des États-Unis à Israël, traitant de la violence avec toute la passion qu’on lui connaît. La scénographie d’Emmanuel Clolus, simple et ingénieuse, jumelée aux éclairages d’Éric Champoux, nous transportent aisément dans les différents lieux de la saga, bercés par l’écriture imagée de l’auteur.

Quelques détails, cependant, font coincer l’engrenage. D’abord, la proposition de jeu des acteurs se place très haut dans l’échelle de l’intensité flirtant parfois avec le caricatural (pensons à la très drôle Judith Rosmair dans le rôle de la mère psy, au jeu évoquant parfois Kristen Wiig). Nelly Lawson défend sa Wahida très bien, même si son accent improbable nous empêche de croire que le personnage est né aux États-Unis. La pièce, même si elle réussit à ouvrir une brèche poétique dans une histoire autrement brutale, se perd en longueurs. La structure, un peu redondante, annonce souvent ce qui vient et le texte s’égare parfois en de longs et criards monologues. Il n’y a donc pas vraiment de surprises et on se surprendra à voir venir les revirements.

Cependant, on ne va pas voir une pièce de Mouawad pour être pris de court par les retournements, ni pour être devant une histoire concise. On va voir ses productions pour être immergé longtemps dans un état, pour être un peu séquestré, pour réfléchir à la guerre, à l’identité, à la violence.  En ce sens, Tous des oiseaux ne déçoit pas et propose, une nouvelle fois, de plonger son public au cœur d’un univers dérangeant.

Rose Normandin

Tous des oiseaux, de Wajdi Mouawad, au Festival TransAmériques jusqu’au 27 mai. Pour les détails, c’est ici.