Photo : Radovan Dranga

Jaha Koo a quitté la Corée du Sud à l’âge de 28 ans pour s’établir aux Pays-Bas, laissant derrière lui une population anéantie par la crise économique ayant secoué le pays en 1997. L’artiste de théâtre – également musicien, mais préférant se voir comme un créateur davantage que comme un auteur, acteur ou metteur en scène – nous présente Cuckoo, un solo qui mélange l’intime et le social pour offrir une vue intérieure du pays. Pays qui, bien que sauvé de la faillite par le FMI, ne peut plus proposer à ses habitants que des conditions de vie difficiles.

Le Cuckoo est à l’autocuiseur de riz ce que Frigidaire est au réfrigérateur. Toutes les familles coréennes possèdent le leur. Le nom de la marque, se voulant un jeu avec les mots cook et le nom de famille du PDG de la compagnie, fait également référence en anglais à quelqu’un qui perd la tête. Jaha Koo continue son parallèle en soulignant qu’à la manière de l’autocuiseur, les Sud-Coréens doivent vivre dans une société sous pression. Malheureusement, il ne s’agit pas d’un état facile à soutenir; un Coréen se suicide toutes les 37 minutes. Le Cuckoo devient le symbole de l’identité par la fonction. Koo s’interroge sur le sens que l’on donne à l’existence en dehors du travail, mais surtout à l’étau qui se resserre sur chaque individu, eux qui doivent maintenir un système capitaliste qui ne leur sert pas.

Flirtant avec le documentaire, le spectacle est élaboré à l’aide de vidéos d’archives qui retracent pour nous le portrait social de la nation depuis 1997. À cela est conjugué l’humour, grâce à des dialogues que l’auteur octroie à trois de ses autocuiseurs. De cette façon, il est possible de traiter de l’aliénation, de l’isolation, du désespoir sans jamais sombrer dans la lourdeur du sujet. Le spectateur sera bouleversé, passant du rire aux larmes et à la consternation. Une œuvre faite de sobriété qui n’hésite pas à prendre son sujet d’assaut.

Cuckoo est le deuxième volet d’une trilogie, et à le voir user de doigté et de sensibilité de la sorte, on espère que Jaha Koo aura la possibilité de venir présenter l’intégralité de son projet de ce côté de l’Atlantique.

– Rose Normandin

Cuckoo, de Jaha Koo, était présenté du 30 mai au 2 juin à la Cinquième Salle de la Place des Arts dans le cadre du Festival TransAmériques. Pour les détails sur la pièce, c’est ici.