Délicatement, méticuleusement, Sarah Vanhee sort d’une boite en carton des petits morceaux de plastique, papiers, petits pots. Puis une deuxième boite en carton, une troisième, et ainsi de suite devant un public qui observe, crédule. Oblivion, présenté dans le cadre du FTA avec comme slogan « à l’avant-garde depuis toujours », fait craindre le pire : va-t-elle étaler tous ces déchets contenus dans ces boîtes de carton durant 2h15 en silence? Après un long moment, nous sommes rassuré : Sarah brise le silence et commence son monologue, découpé en séquences narratives passant de ses habitudes de défécation, à l’éloge d’une bouteille de plastique, en passant par la récitation de pourriels. Sans pudeur et avec un certain plaisir, elle s’amuse à nous mettre à la vue ce qu’on ne veut pas voir et réussie même à y extraire son potentiel poétique.

Le projet est d’envergure : durant un an, Sarah Vanhee a conservé ses déchets et sur sa valeur en tant qu’objet que nous avons d’abord aimer, utilisé, regardé. Jeter quelque chose revient à le dénuer de valeur, lui concédant le statut de « passé », « d’oublié », or Sarah Vanhee a voulu faire l’inverse  en transformant un objet de l’ordre de l’oubli en objet de mémoire et de souvenir. Comme elle l’affirme dans l’entretien qu’on peut lire dans le prospectus de la pièce, « à un niveau plus profond et spirituel, cela concerne la capacité de l’humain à renverser l’attitude de déjection et d’appréciation de chaque chose. Cela concerne l’écologie profonde. »

On peut ne pas être d’accord avec toutes les positions politiques de Sarah Vanhee, profondément à gauche, ou avec la manière utopique de considérer un monde sans déchets : par contre, il est plus difficile d’être contre une telle proposition de changement dans la manière de considérer les ordures. Elle affirme que les initiatives « zéro-déchet » suscite de l’espoir dans la manière de repenser les problèmes environnementaux, mais elle croit davantage à un changement dans notre relation avec les déchets, une relation qui implique un moment d’arrêt, comme chez les Premières Nations, dit-elle en entrevue, « pour évaluer ce qui va arriver avant de créer ».

Oblivion, en tant qu’oeuvre écologiste, est importante parce qu’elle participe de manière originale au débat sur les changements climatiques, et s’y intéresse au niveau domestique, en touchant  nos pratiques on ne peut plus quotidiennes et personnelles. La dernière image du spectacle laisse une trace dans l’imaginaire : des déchets tapissent toute la scène, placés soigneusement les uns à côté des autres. Bizarrement, notre sentiment est partagé entre la beauté de la scène et sa laideur. Enfin, Oblivion fait certainement réfléchir sur la relation qu’on entretient avec nos ordures sur le plan écologique, mais aussi philosophique, et nous donne a revoir l’équilibre entre de qu’on souhaite oublier et ce qu’on souhaite garder en mémoire.

– Léa Rouleau

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