« Qui rapportera ces paroles? » C’est la question qui traverse la pièce présentée au Théâtre La Chapelle jusqu’au 22 juin. Sur scène, douze femmes. Ou douze prisonnières plutôt: Mounette, Gina, Agnès, Reine, Yvonne, Françoise, Regine, Elisabeth, Denise, Renée, Claire et Simone.

Douze femmes à qui la vie souriait, mais qui doivent maintenant gérer l’impossible: des conditions de vie insoutenables, la dureté humaine. Bref, la torture. La torture de l’Holocauste, qu’on connaît tous un peu des bribes qu’on en a entendu. Que de livres, de conférences et d’études sur cette période sombre de l’Allemagne qui a fait des millions de morts!

Ici, c’est le point de vue de Charlotte Delbo qui est exploré. Incarcérée à Auschwitz et ensuite à Ravensbrück entre 1942 et 1945, elle est ensuite devenue auteure. Son texte Qui rapportera ces paroles?, qui a fortement inspiré la metteure en scène Annick Terral, est ici mis en relation avec la pièce de Jean-Louis Bachelet, Regarde, meurs et souviens-toi.

Reliées, ces deux œuvres prennent en force. Et côté mise en scène, c’est presque réglé au quart de tour. Très traditionnelle, entrecoupée de déclamations en groupe et de monologues sentis des prisonnières en français standard un brin emprunté, la pièce nous garde en haleine. Ce que celle-ci perd en excès de conventionnalisme et de facilité, elle le regagne en émotions. Parfois rendues avec un certain manque de justesse oui, mais sans conteste d’une façon troublante. Criante de vérité.

Femmes de Ravensbrück : Qui rapportera ces paroles? rattrape ces quelques faiblesses par la beauté du texte. Quelle justesse! Une justesse qui nous rappelle que non, on ne comprendra sûrement jamais toute cette souffrance. Parce qu’on peut à peine la concevoir. Et si je ne vous dévoilerais pas la fin, je peux vous certifier qu’elle fait sérieusement réfléchir. (Intriguant, hein?)

À voir avant qu’il ne soit trop tard!

– Mélissa Pelletier

Texte : Charlotte Delbo et Jean Louis Bachelet

Mise en scène :  Annick Terral

Scénographie: Laurence Boutin Laperrière et Marie-Audrey Jacques