T’as déjà baisé,
donné une conférence,
ri aux éclats en ayant une attaque de panique.
L’humain s’adapte à toute,
même au feeling d’avoir la certitude d’être en train de mourir. »

Réussir, c’est possible? Et bien vivre sa vie aussi? Et si ça ne tournait pas bien? Et si tel événement hors de notre contrôle venait tout gâcher? Et si? Et si. Après Chienne(s) de Marie-Eve Milot et Marie-Claude Saint-Laurent présentée en mars dernier au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, c’est au tour de Marie Ayotte d’aborder la vaste thème de l’anxiété avec Planétarium, pièce-performance présentée dans le cadre du FRINGE jusqu’au 17 juin.

Sur la petite scène de la Salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, trois femmes (Émanuelle Caron, Andrée-Anne Giguère, Mélanie Michaud). Toutes vêtues de noir, elles donnent une conférence sur l’étendue infinie de notre univers. Les données s’accumulent, les statistiques affluent et ça bouillonne à travers les phrases lancées parfois avec assurance, parfois à brûle-pourpoint. En se donnant la réplique au quart de tour, les comédiennes manipulent divers bocaux d’eau, remplis d’objets disparates. À l’aide de lampes de poche et d’une caméra – dont l’image est projetée en direct derrière la scène -, les artistes arrivent à transposer l’immensité et l’étrangeté de l’univers. Belle idée.

« Existe-t-il quelque chose de plus angoissant que l’immensité de l’univers? » Avec adresse, le propos se resserre de plus en plus, sort du cadre de la conférence pour tomber dans l’intime. Est-ce que le bonheur, c’est d’être mince et faire du yoga sur Instagram? Est-ce qu’il y a une bonne façon de vivre? Est-ce correct de ne plus tant penser à cet homme qui s’est suicidé dans le métro à deux pas de soi? Est-ce que c’est normal de se poser autant de questions? De plus en plus frénétique, le rythme rappelle habilement le chaos d’une crise de panique. Insaisissable, intense, hors de contrôle. « Respire. Respire. Ça va bien aller. » À travers cette lourdeur à couper au couteau, une des protagonistes récite ce leitmotiv comme une parole qui se veut rassurante, mais qui devient vite anxiogène par son inutilité. Comment se ressaisir, alors?

Comme le désordre qui peut s’emparer d’un esprit anxieux, le texte va dans tous les sens. Et c’est ce qui en fait son charme. Impossible de trouver un point d’ancrage dans cette proposition. Les spectateurs ne peuvent que suivre attentivement l’action, incapables de deviner ce qui suivra. « Est-ce que je suis folle? » lance une voix dans le public.« Je suis tellement tannée. » Les spectateurs se sont tournés d’un bloc, autant de surprise que pour s’assurer qu’une personne n’était pas en train de craquer sous nos yeux. Micro à la main, la tête basse, c’est Marie Ayotte qui s’est mise à commenter l’action de sa chaise. Prise de parole sensible et touchante, qui a tout de suite ajouté une richesse à la pièce. Présence parfois silencieuse, parfois plus volubile, c’est Ayotte qui a eu le mot de la fin en tournant le micro vers les spectateurs, les invitant à partager leurs angoisses. Et si c’était ça la clé finalement?

Toute personne qui a déjà vécu de l’anxiété ne pourra qu’être sensible à la proposition de Marie Ayotte. Planétarium, c’est un texte sensible, vrai, qui vaut la peine d’être découvert. Sans hésiter.

Mélissa Pelletier

Planétarium, du 8 au 17 juin au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dans le cadre du FRINGE. Pour tous les détails, c’est ici.

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