Six jeunes adultes à l’aube de la trentaine sont rassemblés, l’espace d’une soirée, au vernissage de Jules au bar du coin. Au travers de leur amitié, des pintes qui s’empilent et des conversations futiles, nous apercevrons leurs craintes, leurs amours, leurs peurs et leurs angoisses ».

Le Théâtre sans nombre présente en ce moment la pièce 3h du matin à la Mission Santa Cruz dans le cadre du Festival FRINGE, un projet collectif réunissant les plumes de Gabrielle Cadot, David Marsolais, Janie-Anne Marsolais et Stéphanie Prud’Homme. Si la compagnie de théâtre, qui en est à sa deuxième participation au festival, abordait les excès du capitalisme l’année dernière, elle brode cette fois autour des conflits amoureux et de notre image publique.

À coup de shooters, la musique dans le tapis, les personnages épuisent les sujets de conversation tout en se dandinant sur le plancher de danse. Ils déblatèrent des banalités, enivrés par l’alcool pour taire le mal qui les guette. Sous le couvert de l’anonymat, les amis dressent leur masque comme une garde montée. Bref, la pièce critique cette tendance à faire semblant. À s’exposer sous son meilleur jour comme on le fait constamment sur les réseaux sociaux.

Il y a des beaux flashs d’écriture dans cette pièce. L’histoire de jalousie au sein d’un couple est particulièrement intéressante, même si elle soulève plus de questions que de réponses. Même si on se demande pendant une heure, c’est quoi le point? C’est quoi le but? On nage encore dans du déjà-vu. La réflexion sur « Qu’est-ce que tromper? » est défraîchie. « Désirer, est-ce tromper? Embrasser, est-ce tromper? Faire une fellation, est-ce tromper? », etc. Bon, vous voyez le genre. On devine aisément l’issue de la relation de couple.

C’est dommage parce que ce n’est pas le talent des auteurs qu’il faut remettre en cause, mais la pertinence du propos. La fin est prévisible et décevante. La révélation du personnage de Julie Fortin, bien que celle-ci joue admirablement bien, n’est pas suffisamment surprenante ou choquante pour clore la pièce.

Bref, je suis sortie de cette pièce avec certains malaises. Je pense notamment au chœur employé à outrance, à l’aparté sur la question de la tromperie, aux dandinements… Et j’ai pensé. Ma génération me désole. Nous sommes rivés sur notre nombril. Nos enjeux sont égocentriques. On critique les médias sociaux et les risques de dépression qu’ils peuvent engendrer, mais on persiste à y aller. La quête existentielle semble tourner essentiellement autour de la recherche de l’amour et des relations conjugales. On manque de distanciation face aux problématiques que l’on veut aborder. Même lorsque le masque tombe, on se dit bravo d’avoir osé, mais on rentre chez soi penaud, sans la moindre trace de réflexion profonde. Sans qu’aucun changement ne se soit produit à l’intérieur.

Edith Malo

3h du matin présenté dans le cadre de FRINGE à la Mission Santa Cruz.

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