On me l’a présenté comme un étrange personnage, un compositeur « fou », à mi-chemin entre Tom Waits et So-Called, prolifique comme Zappa et pété comme Mr. Bungle. On avait raison. Voici un entretien éclair avec celui qui, en compagnie de ses Lollipop People, risque de mettre le feu à la Casa Del Popolo ce soir.

Parlons label. Tes trois premiers albums sont parus sur Hazelwood Records, mais tu as depuis fondé ta propre étiquette. Qu’est-ce qui a motivé cette décision?
Je voulais d’abord me dégager des obligations économiques des labels et faire en sorte qu’ils n’aient pas une influence négative sur ma musique. C’est ce qui me permet de faire ce que j’ai envie de faire, sans compromis, avec des artistes que je respecte. Évidemment, ça pose des défis et demande beaucoup de travail, mais c’est quelque chose qui me plaît. J’ai aussi de l’aide sur le plan promotionnel avec l’agence Six Media. Et de tournée en tournée, c’est de plus en plus facile.

Ton étiquette s’appelle The Pumpkin Pie Corporation. Un clin d’œil à celle de Frank Zappa (Barking Pumpkin)?
Oui, bien sûr. Zappa a été une grande influence quand j’étais plus jeune. The Pumpkin Pie Corporation, c’est en fait un mélange de Zappa et de la Cryptic Corporation des Residents. Des gens qui ont été créatifs toute leur vie. C’est ce que j’aspire à être.

Encore sur le thème des étiquettes. Tu sembles n’en revendiquer aucune tellement les influences sont nombreuses. Outre celles susmentionnées, quelles sont-elles?
On dit en anglais « we wear our influences on our sleeves ». L’important demeure de s’en démarquer et de trouver sa propre voie. C’est aussi mon cas, bien que plusieurs de mes figures marquantes soient moins évidentes. Comme les compositeurs Rimski-Korsakov et Edgard Varese. Je dois aussi beaucoup à Johnny « Guitar » Watson et même Lhasa de Sala que j’ai beaucoup écouté. Sur mon nouvel album, je crois que mes influences sont encore davantage voilées.

Ce nouvel album, Bountiful, comment le compares-tu aux précédents?
Une plus grande confiance dans ma voix et mon écriture sans doute. Je ne cherche plus un son intelligent, comme du math rock. La musique est encore marquée par les nombreux changements de rythmes, mais je crois qu’elle est moins « forcée » qu’auparavant. On m’a dit récemment que j’avais par contre réussi à garder une sensibilité de « weird ». C’est un beau compliment. Aujourd’hui, je n’essaye pas d’être étrange, c’est quelque chose qui me vient naturellement.

Et comment t’inscris-tu dans la scène musicale de Toronto où tu habites?
La scène musicale torontoise est difficile à décrire. Elle est aussi hétéroclite que la population de la ville. De mon côté, je me suis entouré d’une famille musicale qui n’est pas basée à Toronto. Ses membres résident surtout en Allemagne et sur la route avec moi. De toute façon, je crois que j’ai un meilleur public au Québec et en Europe qu’à Toronto. On ne fait pas tant de spectacles là-bas. On est bien reçu, mais l’étrangeté semble moins bien passer. Les mélomanes québécois apprécient davantage l’éclectique et ce qui pose un défi aux oreilles. Pour moi, c’est très inspirant.

Et cette famille, les Lollipop People, elle est toujours composée des membres originaux?
Oui, j’aime travailler avec les mêmes musiciens. Nichol Robertson à la guitare, Sly Juhas à la batterie, Jon Meyer la basse, etc. Ça fait plus de 10 ans que je travaille avec eux. Quand on fait une tournée, on a beaucoup de souvenirs à partager.

J’imagine que la chimie existe et opère. À quoi peut-on s’attendre d’un de vos concerts?
On a un cadre ou un canevas. Mais chaque soir, dans chaque salle, pour chaque chanson, c’est différent. On s’inspire de ce que l’on voit et de ce qui se passe dans le monde pendant la tournée. On s’inspire aussi des gens qu’on rencontre. On veut engager notre public. Même s’il y a trois personnes dans la salle, on joue comme si c’était notre dernier spectacle. J’en tire beaucoup de fierté.

Et après la tournée, à quoi ressemblera ton agenda?
Je veux réarranger les chansons de l’album Only The Lonely de Sinatra, j’ai un opéra à coproduire à Nuremberg et mon doctorat à terminer. Entre autres.

Propos recueillis par Nicolas Roy

Friendly Rich & The Lollipop People + Lily Frost + Krista Muir
Mardi 17 février, 20 h
@ Casa Del Popolo (4873, Boul. St-Laurent)
8 $