« And in That moment, I swear we were infinite. » – Stephen Chbosky

Marie-Andrée Gill présente son deuxième recueil de poésie à La Peuplade, un recueil touchant, flirtant avec les souvenirs de l’adolescence et ayant comme paysage les lieux de la jeunesse.

La poésie de Marie-Andrée Gill présente la sensation d’«infini» inhérente à l’adolescence, cette sensation qui accompagne souvent celle de vide : « chercher sans relâche / quoi faire de sa peau ». Le temps passe, mais on ne sait pas pourquoi et surtout « (nous sommes partout égarés)». Au milieu de toute cette tourmente : le lac, lieu de tous les possibles, frayère; « Et le lac, une chance, le lac. » Témoin immobile, souvent gelé, parfois calme, le lac attire les regards et les confidences. Il se dresse au milieu du recueil comme une figure d’équilibre, comme un père réconfortant. C’est une des belles images que portent les vers de Frayer.

Accolant un langage adolescent cru et sexuel à des expressions beaucoup plus fragiles, mêlant la nature et les sentiments, Gill a su créer une atmosphère unique, comme si on était sans cesse déchirés entre le rêve et la triste réalité, entre les aspirations et les déceptions, entre ce qui se passe et ce qu’on imagine. À l’image du temps qui passe trop vite, ou pas assez, entre ce lac gelé et porteur d’espoir, la poésie de Gill traduit à merveille les revers et les travers de l’adolescence. C’est un recueil empreint d’une grande sensibilité qu’a écrit la poète, émotivement fort et vrai.

Extrait :

« vendredi je me sauverai par ma fenêtre
on trouvera quelqu’un pour nous sortir de la bière
on fera de la galerie quelque part
et je perdrai la tête sur toi
mais on aura une histoire juste à nous deux
même si les mots nous manquent
pour s’inventer

nous sommes le monde
mais nous le savons pas »

  Elizabeth Lord

Frayer, Marie-Andrée Gill, La Peuplade, 2015.