Alors que les Canadiens de Montréal l’emportaient contre les Bruins de Boston par la marque finale de 4-0, la 18e édition des Francouvertes repêchaient trois finalistes pour le moins hétéroclites.

Philippe Brach, Julie Blanche et Deux pouilles en cavale se sont disputés une finale sous la supervision des juges suivants: Karim Ouellet et les Sœurs Boulay, également porte-parole, Andréanne Sasseville (SiriusXM Cananda), Laurent Saulnier (FrancoFolies de Montréal), Nicolas Tittley (Musique Plus), Philippe Papineau (Le Devoir – CIBL) et Rebecca MaKonnen (Espace.mu). Le public avait la mission d’évaluer et de commenter la performance des interprètes, en respectant des critères précis (arrangements musicaux, qualité des textes, interprétation, etc).

Philippe Brach ressort grand vainqueur de cette compétition, récoltant divers prix, dont une session d’enregistrement dans les studios d’Espace.mu et des prestations rémunérées tant au Québec qu’au Festival francophone de Vancouver.

Celui qui se vaudra une place à Coup de cœur francophone au mois de novembre nous a offert quelques pièces de son album La foire et l’ordre sorti en avril 2014. Irrévérencieux, mais talentueux, le jeune homme a le sens du punch. « Je vais starter ça dans la douceur […] une chanson sur l’avortement!» Il dédie la pièce «Alice» a la petite qu’il n’aura pas l’occasion de connaître. Des thèmes parfois dérangeants, mais teintés d’un p’tit quelque chose de sexy frôlant une vulgarité qui me rappelle les textes de Fred Fortin. «Pourquoi tu me chies pas dessus avec ton cul?» – Ravin. Il évoque aussi Daniel Bélanger par sa voix nuancée, jouant tant dans les aigus que les tons graves, Dédé Fortin pour cette espèce de je m’en-foutisme mélancolique et à Robert Charlebois pour le côté rock. Bref, il n’a rien à envier à quiconque, maintes fois primés dans divers concours, il est là pour rester.

Julie Blanche occupe la deuxième position. Avec un timbre de voix feutré évoquant celui de Salomé Leclerc, ses compositions sont à la fois sombres et lumineuses. À son actif, un premier EP qui lui valut une bourse du CALQ en recherche et création. L’ensemble est harmonieux, mais les pièces se confondent, du moins sur scène. Les instruments prédominent, enlisant parfois la voix céleste de Julie Blanche. C’est dommage, car on tend à oublier les textes sensibles et poétiques d’Antoine Corriveau. Enfin, Julie Blanche est une interprète dont la timidité ne manque pas d’éblouir et dont le talent ne cesse de rejaillir.

Puisque la diversité est de mise et sans contredit, nécessaire, Deux pouilles en cavale ont raflé la troisième position. L’un des commentaires du public : «Une laitue iceberg». Absurde tout autant que leurs textes dont on peine à discerner les paroles, enlisées dans un tintamarre bruyant. Un jam de garage cacophonique entre trois bons chums. Des ambiances intéressantes, des rythmes syncopés qui déferlent à vive allure, mais qui demeurent à mon avis, expérimental. Pourtant, j’ai hâte de voir leur univers dépeint dans un clip, grâce au prix remis par BRBR, une production de TFO.

– Edith Malo