Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Ses reprises sur Instagram sont irrésistibles, tout comme les chorégraphies délirantes qu’elle balance sur ses stories accompagnée de son petit ami, le danseur Léo Walk. Une communauté qui grandit pour une recette qui désamorce le mythe de la vie idéale propagé sur les réseaux sociaux.

Car il faut comprendre que le nom d’Angèle vient avec tout un personnage. Des mots doux en guise de voix, un amour inconditionnel pour les loutres, et l’autodérision comme rempart, qu’elle saupoudre sur ses vidéos pour garder la tête sur les épaules, et qu’elle partage avec son frère, l’excellent rappeur Roméo Elvis.

Artiste touche-à-tout, la jeune chanteuse belge a été projetée sur le devant de la scène après un duo avec son frère qui laisse difficilement indifférent tant le mélange des deux voix et le choc des deux styles se font bouleversants sur J’ai vu.

Ce qui n’a pas empêché hier soir la jeune femme de débarquer sur la scène Coors Light avec une énergie communicative, faisant monter l’ambiance d’un cran dès la première chanson bien que ce soit son premier passage à Montréal. On comprend vite pourquoi la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de Montréal) a misé sur elle pour cette soirée des Rendez-vous Pros présentant deux révélations européennes (après elle, le rappeur Josman).

Après Thune, Angèle nous a déjà dans sa poche lorsqu’elle prononce les mots de son second titre Balance sur une musique qui pourrait bien être le son de l’été, mais celui-là n’est pas sorti, et on se rappelle qu’on est sans doute les cobayes pour son premier album sur lequel elle planche depuis déjà un an.

« Balance ton corps, même si tu parles mal des filles un jour ça changera », nous lance Angèle, qui, elle-même baignant dans le milieu du rap et parle en connaissance de cause, s’adresse à ces rappeurs et ces jeunes hommes qui croient que succès et sexisme font bon ménage. Pour celle qui a assuré les premières parties de Damso et qui avait affirmé encore se questionner sur le sujet, le parti semble pris et tant mieux. On ne peut que se réjouir d’une musique pop rafraîchissante dont les airs entraînants riment avec prise de conscience et textes intelligents.

Une fois au clavier, Angèle nous dit qu’elle sait qu’on parle français à Montréal, et demande si on parle aussi anglais pour l’accompagner sur le fameux « one time » de son premier single La loi de Murphy : un déclic explosif pour un clip second degré signé Charlotte Abramov qui comptabilise déjà plus de 8 millions de vues sur YouTube.

Pétillante sur la scène qu’elle parcourt d’un bout à l’autre, Angèle se délecte à reproduire les mouvements amples et les pas de danse loufoques qui font sa signature dans ce premier clip coloré où les petites galères du quotidien sont érigées en désastre.

Une quatrième chanson, et un changement de rythme. Troubles est plus douce que les autres, et évoque un monde où l’« on s’emmerde, on s’embête »… mais Angèle a le goût du partage, bien décidée à offrir son univers sans concession pendant cette trop courte demi-heure, et insuffle un beat plus dansant à ce titre soudain adopté par le public vingtenaire à majorité franco-belge et ses paires de mains.

Un « T’aimes bien quand je danse? » bien placé encourage la foule montréalaise la suivre sur Je veux tes yeux, deuxième et dernier morceau sorti pour la jeune femme qui a le vent en poupe, un plat de spaghettis sur la tête (photo d’annonce de sa tournée). Surtout, pour avancer, ne jamais se prendre au sérieux, semble nous chuchoter la chanteuse.

On sent que la jeune belge le retenait puis, emportée par l’adrénaline, elle finit par lâcher un « Je capote! » avant d’entamer un dernier titre, Flemme, où elle mélange à nouveau à sa sauce français et anglais.

Que de ressources pour cette jeune chanteuse et claviériste talentueuse à l’univers monté en pochette surprise, dont on n’a pas fini d’entendre parler et dont on fredonnera les airs en attendant impatiemment son premier album.

Suivez notre couverture tout au long du festival.

– Ambre Sachet

Les Francos de Montréal, du 8 au 17 juin 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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