Photo : Claudia Revidat

Tout est parti de là. Un chagrin d’amour aussi gros qu’il est universel, et la perspective d’une carrière solo pour la jeune chanteuse marseillaise qui avait écumé les scènes au sein du groupe français La Femme et aux côtés de Maxime Sokolinski avec qui s’est formé le projet Hologram.

« Y a-t-il des filles que ça touche / Ces mots qui sortent de ta bouche / Comme des perles / Moi je m’en fais des colliers », chante Clara Luciani alors que les teintes groovy d’Eddy l’introduisent timidement à la foule montréalaise.

Tendre l’oreille, entendre un son, puis deux, et une mélancolie qui parcourra l’ensemble du spectacle. Mais pour l’instant, la musique est presque trop forte, écrasant la carapace d’une densité qui ne demande qu’à être percée.

C’est l’histoire d’une vulnérabilité qui devient force, intronisée avec la catharsis sentimentale dans son EP Monstre d’amour (2017) – dont elle nous livre Comme toi – puis portée à maturation cette année avec son premier album Sainte Victoire, qu’elle est venue présenter sur la scène intimiste Coors Light des Francos.

Chemise à carreaux, jeans noir et frange rétro, Clara Luciani cultive l’art de la simplicité, classe naturelle dans une main, guitare électrique dans l’autre.

A mi-chemin entre France Gall et Patricia Kaas à l’écoute du titre Les fleurs, l’auteure-compositrice-interprète se laisse traverser par une fragilité créatrice, mais aussi par de nombreuses influences : Nico, PJ Harvey, Patti Smith ou encore Françoise Hardy. Un semblant de nostalgie qui ne l’empêche pas d’apprécier Maître Gims et Jul, ni d’avoir collaboré avec le rappeur Nekfeu sur son album Cyborg (Avant tu riais).

Il faudra attendre le bouleversant Drôle d’époque pour que la magie opère et que le public, désormais silencieux et absorbé, laisse place à la naissance d’une voix de velours si singulière. Dans une ère post #MeToo, difficile de ne pas déceler la trace que pourra laisser ce titre éminemment féministe où la chanteuse de 24 ans se met à nu tout en dressant le procès des injonctions sociales faites aux femmes et à la féminité. A trop se recevoir de commentaires sexistes alors qu’elle monte seule sur scène, Luciani a fini par s’en nourrir.

« Prends garde, sous mon sein la grenade ». Son timbre de voix grave est aussi enivrant que son titre phare La grenade, résolument moderne alors que les premières notes rappellent les tubes de Dalida, qu’elle garde pour la fin et qu’elle lâche à la foule déjà conquise. Ne pas se fier aux apparences, donc, puisque c’est aussi là que l’artiste d’origine corse confirme la dualité : « Je ne suis qu’un animal / Déguisé en madone ».

« On ne meurt pas d’amour », nous chuchote Luciani, et bien heureusement pour nous.

Le bouquet final est ce qu’elle préfère appeler adaptation plutôt que reprise, celle du Blue Jeans de Lana Del Rey, qu’elle chante en français après avoir adopté le même principe un peu plus tôt avec La Baie, qu’elle emprunte à Metronomy (The Bay).

Il n’y a plus qu’à compter le nombre de mains qui claquent et évaluer le taux de bonne humeur partagée pour comprendre qu’on n’est plus les seuls emballés à ce moment précis, où l’on se dit que ce n’est finalement que le début de la carrière d’un caméléon musical solaire qui a très bien fait de dégainer son arme secrète, pourtant issue du plus vieux des manèges amoureux.

Suivez notre couverture tout au long du festival.

– Ambre Sachet

Les Francos de Montréal, du 8 au 17 juin 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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