Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Il est débarqué de nulle part, mais il va assurément dans la bonne direction. Roméo Elvis, 24 ans, avec sa voix rauque, sa présence hypnotisante et son second degré, est le nouvel ovni du rap belge. Pour un artiste qui n’avait jamais foulé le sol québécois auparavant, le rappeur a su conquérir la foule des FrancoFolies que même la pluie n’a pas réussi à déloger face à l’énergie bestiale de ce jeune MC.

Sabena emboîte le pas à la voix off volontairement déformée qui s’est fait attendre, et Roméo Elvis de prendre le contrôle en compagnie de son fidèle collaborateur Le Motel. Après Morale, voici le duo de retour avec Morale 2, un deuxième opus nettement plus assumé dans ses prises de risque musicales. Thalys avec l’invité Lomepal (rappeur parisien) tombe à pic, puisque la fièvre du succès soudain est encore palpable pour ce fils de musicien qui a longtemps travaillé dans un supermarché avant de percer dans la musique. Il le rappelle souvent dans ses textes : c’est avec le groupe L’or du Commun qu’il gagne ses lettres de noblesse avant de commencer sa carrière solo.

Passé maître dans l’art du storytelling devenu universel, qu’il alterne avec un rap tantôt introspectif tantôt versant dans l’ego trip, Roméo Elvis collectionne les métaphores animales sans se rendre compte qu’il est le caméléon du style et de la scène, aux abords de laquelle les multiples personnalités s’enchaînent.

Régulièrement, Roméo Elvis, accompagné de son backeur Swing, tâte la température de la foule qui lui renvoie instantanément de l’amour face aux « Je t’aime Montréal » lancés à l’improviste au détour de Drôle de question. Logique pour ce conteur de romance et de mots crus dont le style ne s’apparente à rien d’autre sur le marché du rap. Chaque chanson, même la plus mélancolique d’entre elles – Morale – est une occasion pour combattre le pathos dont le rappeur s’éloigne dans ses textes et faire rire la galerie par des pas de danse abracadabrants. Au-delà de l’ironie, Roméo Elvis maîtrise l’art de la performance, celle qui le métamorphose en femme ou en amoureux des crocodiles le temps d’une chanson.

À l’instar d’Alpha Wann, les refrains chantés et l’omniprésence d’instrumentales sont assumés. La scène prend feu dès lors que Tu vas glisser se fait entendre, accompagné de cercles formés par les premiers rangs qui sont rapidement rejoints par un Roméo Elvis torse nu, incapable de quitter les lieux sans rappeler la folie d’une telle expérience. Aucune clôture possible sans ce titre phare qui l’a propulsé et pour lequel Caballero le rejoint sur scène avec une dizaine d’autres personnes, « hymne de notre génération de rappeurs » selon le rappeur belge JeanJass : Bruxelles arrive. Ils nous avaient pourtant prévenus…

Ambre Sachet

Roméo Elvis, le 15 juin aux FrancoFolies. Les FrancoFolies, ça se passe du 8 au 18 juin 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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