Crédit photo : Victor Diaz Lamich

Si vous croyez qu’elle n’était qu’une légende, Georgio lui a assurément donné une voix. Cette nouvelle génération de rappeurs francophones à laquelle la 29e édition des Francofolies fait honneur en accueillant cette année Roméo Elvis, JeanJass et Caballero, BigFlo & Oli et Georgio, existe bel et bien. Pour ce jeune MC né en Seine-Saint-Denis, le seul breuvage alcoolisé est celui du rap, peu importe la salle, pourvu qu’on ait la chaleur du public. Bienvenue sur la planète Héra (2016), celle de son dernier album immortalisé samedi soir au Club Soda.

Passé maître dans l’art des références littéraires et mythologiques, Georgio – après un passage énergique du rappeur fransaskois Shawn Jobin (Éléphant) – laisse place à l’une des douze grandes divinités de l’Olympe pour amorcer la suite d’À l’abri (EP, 2014) et de Bleu noir (2015).

De son vrai nom Georges Edouard Nicolo, Georgio n’a du premier de la classe que son prénom. Son rap, c’est celui qui frappe là où ça fait réfléchir, celui dont seuls les mots cognent, parsemés d’influences de classiques, du Petit Prince de Saint Exupéry aux Fleurs du mal de Baudelaire. À l’image du grand poète français, les textes du jeune rappeur de 24 ans puisent leur lumière dans les idées noires. Les siennes avant tout, celles qu’il a su apprivoiser et qui l’aident malgré tout à garder la tête froide.

Bercé par un spleen que l’énergie du duo formé avec son ami d’enfance et backeur Sanka compense, Georgio s’adresse à ses cousins dans la salle. Son unique drogue, c’est celle des proches. Dans une ambiance intimiste où – à l’image de ses clips – le rouge est roi, Georgio crie déjà haut et fort son envie de « dévorer la Terre » (La Terre je la dévore).

Crédit photo : Victor Diaz Lamich

À l’image de la jeunesse qu’il touche et de ceux qui foulent la scène émergente du rap francophone, Georgio, pour qui vivre de sa passion est déjà un acte engagé, s’est toujours considéré comme apolitique. Entre deux chansons, il rappelle pourtant qu’être politique c’est parler du peuple, ce que le jeune chanteur fait depuis ses débuts. Comment ne pas être piqué au vif par ce récit d’un jeune homme parti combattre au Mali pour des raisons qu’il ignore (La vue du sang), une histoire presque slammée sur fond de mouvements saccadés aux reflets couleur carmin?

Titre incontournable de ce dernier opus, Svetlana et Maïakovski, version moderne de la Belle et la Bête, marque assurément la signature d’un rappeur engagé malgré lui. Issu du 18e arrondissement de Paris, Georgio grandit dans un quartier dans lequel la prostitution est monnaie courante. À coup de rimes pauvres et de mélancolie musicale, Georgio se hisse à la place de ce poète russe, passager de ce puissant morceau et décrit comme rédempteur de l’humanité souffrante. Héra, entre autres déesse protectrice des femmes, prend tout son sens.

Si son passage au Québec en décembre dernier était un test, ce retour semble bien prendre l’allure d’une consécration. Pourtant Georgio fait bien partie du monde des humains, comme il se plaît à nous le rappeler avec No future et le rappel du fardeau des mortels.

Crédit photo : Victor Diaz Lamich

Si la salle n’est pas pleine, Georgio est bien loin de mesurer son succès au nombre de places vendues. Son baromètre? Vivre de sa musique, puisque « fini les taff d’été, j’suis sur scène et ça me délivre » (À l’abri). Découvert grâce à sa collaboration avec Fauve sur le titre Voyous en 2014, Georgio a fait du chemin dans son combat contre le néant et ses propres démons. Dompter les moments sombres comme il dompte les mots et les clichés sur l’univers du rap fait partie de son mandat.

Il ne suffira que d’un Appel à la révolte pour désinhiber la foule, rapidement rejointe par Georgio et Sanka qui se mêlent au cercle formé à même le sol du Club Soda. Ce contemporain et consonance de Nekfeu aura certainement réussi à prouver que chansons à texte et bête de scène n’auront jamais été aussi compatibles.

« Arrêter d’idéaliser l’obscurité » (Promis j’arrête): c’est ce que Georgio s’était promis pour ce deuxième album, dont aucun titre n’est à jeter et qui, à défaut d’atteindre les cieux, semble avoir été touché par la grâce. Pari relevé pour ce jeune artiste qui garde les pieds sur terre, synonyme d’une relève – artistique ou tout court – qui a soif de changement et qui n’a pas fini de nous surprendre.

Ambre Sachet

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