En région arctique et ailleurs, le premier roman de Laurence Gough, n’a rien d’aussi froid que son titre pourrait le laisser croire. Rien d’aussi aride et reculé non plus. Malgré un décor hivernal et des températures sous zéro, le lecteur est happé de plein fouet par la chaleur qui se dégage de cet univers d’adolescents sympathiques et troublés. L’histoire débute avec le départ de Noémie, Simon et Thomas pour un chalet à Miguasha en Gaspésie. Le texte oscille entre le réalisme du «trajet de bus entre Montréal et la Gaspésie [qui] est riche en moments nuls» et entre des scènes complètement déjantées, sorties tout droit de l’imaginaire et des rêves de Simon.

D’ailleurs, c’est ce qui fait la force de ce texte, la «pas normalité» de Simon, qui est schizophrène et que l’auteur décrit comme «un feu d’artifice sous une couverture, avec un noyau de lumière bleue secret». La maladie mentale est vue comme une façon d’être unique, d’être vrai et beau. Noémie est la seule à voir cette beauté en Simon, en sa lumière différente. Ce qui est magique avec ce roman, c’est que le lecteur a accès à cette singularité, à cette différence qui frôle la folie tout en étant pure poésie. C’est pourquoi, en dépit de la thématique usée du triangle amoureux, il n’y a rien de convenu ou de prévisible dans cette histoire où on apprend à cesser de jouer à quelqu’un qu’on n’est pas pour plutôt «laisser jaillir son dedans vers le dehors», sans gêne, malgré ce que les autres peuvent en penser.

Du point de vue du style, Laurence Gough gagne son lecteur en utilisant un français impeccable, contrairement à plusieurs autres auteurs de romans sur des adolescents, qui se sentent souvent obligés de teinter leur écriture des dernières expressions à la mode ou de joual et de jurons pour se donner une contenance. Ici, la psychose est amenée de façon habile et totalement éclatée, constamment en opposition avec les tracas et les élans amoureux de l’adolescent moyen.

– Julie Cyr

En région arctique et ailleurs

Laurence Gough

Éditions Marchand de Feuilles