Crédit photo : Dani Vivanco

Il existe différentes façons de vivre l’abondance culturelle à la rentrée automnale. Les Méconnus m’ont demandé de m’exprimer sur ma façon de vivre cette opulence, à savoir si j’avais tendance à stresser sur le fait de manquer le bateau ou non. Le fameux FOMO (Fear of missing out). J’en ai profité pour sonder quelques membres de mon entourage sur la question, puisque ma curiosité était piquée.

À ce temps-ci, on délaisse peu à peu notre vie de bohème, nos Aperol-spritz-terrasse se font de plus en plus rares et nos habits minimalistes se transforment en pelures d’oignon. De ce temps émerge le besoin de se concentrer sur du plus concret, de prévoir ses rassemblements et de s’organiser. Il vient sûrement de là d’ailleurs le sentiment de ne pas savoir où se lancer à la rentrée : l’urgence de s’organiser en vue du froid à venir. Des petits lièvres des bois qui vireront au blanc.

Le goût de la culture et de l’art peut (doit) se développer. Bien sûr, chacun possède une part de responsabilité quant au développement et à l’affinement de son intérêt et de sa curiosité pour la culture. Cependant, ceci peut s’avérer extrêmement laborieux et de manière générale n’est pas particulièrement encouragé. Par exemple, Dominic (35 ans) me répondait candidement « Quelle abondance ?!? » Pourtant il y a bel et bien une offre qui dépasse la demande dans tous les domaines artistiques. Une amie me disait que lorsqu’elle était réalisatrice à la radio, elle estimait que l’offre doublait à la rentrée. Rien de moins. Elle se sentait souvent dépourvue face à tous les sujets qui allaient être laissés pour compte.

Q’en est-il des autres gens sondés sur le FOMO culturel? Il y a ceux qui s’inscrivent dans la catégorie « Le quoi? T’aurais pas vu mes lunettes par hasard?», comme c’est le cas pour Katie (30 ans) « Ça n’a aucun impact sur ma vie. Je suis plate de même. », pour Vincent (32 ans) « Pas le temps! Je déménage haha » et pour Marie-Eve (37 ans) « Du temps que je travaillais en culture je trouvais ça enivrant et stimulant, mais maintenant que je n’y œuvre plus ça me rend complètement indifférente. »

Ceux qui ont eu des enfants et donc que la peur de manquer s’est essoufflée au même moment, comme l’explique Geneviève (40 ans) « Quand j’étais plus jeune, la rentrée culturelle, c’était comme un gros party qui durait 1 mois! Il y avait toujours quelque chose à faire, des gens à voir, de la musique à écouter. Maintenant que j’ai des enfants, je dirais que la rentrée culturelle, ça ne change absolument rien à ma vie! Je suis au courant des nouveautés, mais ça ne m’angoisse plus de manquer quelque chose. Même que je m’en fous! » et Carole-Anne (66 ans) « Il y a longtemps que je sais ne pas souffrir de FOMO, en fait depuis que j’ai des enfants. C’est clair que je ne peux pas tout voir et ça ne me stresse pas du tout. Par contre j’aime être informée de tout ce qui s’en vient. Ça me permet éventuellement de faire des choix de spectacle et ça me donne l’impression d’être dans la “vague”. À ce temps -ci de l’année, je ressens toujours le renouveau et je trouve ça ben le fun. »

Et les autres qui vivent le tout de manière plutôt zen.

« Avant, je trouvais cela un peu stressant. Je trouvais qu’il était difficile de choisir. Avec le temps, j’ai appris à consulter les revues culturelles et les programmations théâtrales qui représentent bien ce qui me plaît habituellement. Je me laisse inspirer par les suggestions de mes journalistes culturels favoris et par mes théâtres chouchous. La rentrée culturelle est maintenant, pour moi, un moment de plaisir! J’essaie de choisir des propositions variées afin d’en parler à mes élèves par la suite, car comme ils n’ont pas toujours la chance de faire plusieurs sorties culturelles, j’aime leur raconter ce à quoi j’assiste pour peut-être éveiller en eux le désir d’y aller par eux-mêmes! » – Véronic (28 ans) 

« L’offre me plaît, j’aime avoir le choix. » – Jérémy (17 ans)

« J’apprécie cette abondance à ce temps-ci de l’année car je fais de belles découvertes par le biais des médias sociaux, des pubs télé et des amis. En effet, ça influence mes choix! » – Amélie (43 ans)

« Ça ne me stresse pas du tout. Ça a surtout comme effet d’être un éveil culturel. Pas que dans l’année je ne découvre rien, mais au moment de la rentrée c’est comme si je fais mes recherches et découvertes de façon plus active. » – Caroline (30 ans)

« Je dirais que la rentrée culturelle et son abondance d’offre est quelque chose d’excitant pour moi. C’est un peu comme rentrer à la maison, réconfortant, puisque je pourrai voir des bands que j’aime dans l’intimité d’une salle plutôt que dans un festival, à 40 degrés, entourée d’amateurs qui sont plus attirés par le fait de popper une couple d’ecstasy que d’écouter ce qui joue. Aussi, comme je suis d’assez près les bands que j’apprécie, c’est facile pour moi de cibler les spectacles où j’irai, et attendre impatiemment leur nouveau matériel, s’il y a lieu. » – Vicky (26 ans)

« Ça ne me stresse aucunement au contraire avoir accès à toutes ses nouveautés te donne le choix de voir, d’entendre et de partager seul, en couple ou entre amis. » – Chantal (61 ans)

Crédit photo : Shu Xin

Mon entourage est plutôt axé sur la culture si on se fie aux divers témoignages. Par contre, il ne s’agit pas de la grande majorité des Québécois, puisque les ménages montréalais investissent annuellement en moyenne 108$ dans l’achat de billets de spectacle, selon Statistiques Canada. Ça c’est l’équivalent d’une paire de billets pour le spectacle de Petit Biscuit au MTelus et d’une autre pour Peach Pit au Ritz PDB, si tu te sens lousse. On ne parle même pas des autres disciplines artistiques. Il en reste vraiment peu pour se laisser aller à la découverte, n’est-ce pas? Avec si peu de marge de manœuvre, je peux comprendre l’envie qu’ont certains de se raccrocher à leurs artistes de prédilection, ceux qu’ils connaissent déjà et qui leur assurent de passer une belle soirée. Ceci met en lumière l’importance de s’informer auprès de gens de confiance lorsque la soif de nouveauté se fait sentir, auprès de Les Méconnus par exemple (wink).

Comme le stipule le vieil adage « Plus on en a plus, plus on en veut », j’imagine que la FOMO culturelle de la rentrée (et le goût de la culture tout court) va en ce sens. Personnellement j’adore la découverte artistique et les rencontres improbables m’interloquent. J’arrive à bien gérer mon horaire entre ce qui m’est impératif de faire, les spectacles que j’aimerais voir, ceux vers lesquels je me dirige un peu à tâtons, les autres auxquels on m’invite, les sorties sociales et familiales, le bénévolat (je sais, je gosse) et puis toutes les autres affaires.

Parfois je manque des spectacles qui semblent s’inscrire dans « Je ne peux pas croire que tu aies manqué ce show là! » et je m’en mords les doigts, mais souvent pas. Le plus récent est sans aucun doute celui de Stéphane Lafleur en solo au Festif de Baie St-Paul. Oui allô bonjour la peur de perdre. Sublime, au lever du soleil avec en arrière plan le train tranquillement en mouvance.

À ce propos, Anne-Julie (27 ans) m’expliquait « Je me dis toujours que je suis en paix avec le FOMO, car j’apprécie davantage les shows et les amis quand je limite mes sorties. Puis, le petit serrement au coeur vient quand mon fil Facebook et Instagram se charge de me rappeler que j’ai manqué une soirée supposément inoubliable. J’essaie d’être là aux bons moments. Je n’aurais pas pu rater Stéphane Lafleur au Festif!, par exemple. »

Personnellement je me sens rarement rassasiée, que ce soit à la rentrée ou en tout temps, mais je ne suis normalement pas victime du FOMO. De toute façon je vais tout le temps manquer un truc intéressant et nourrissant quelque part. Justement, tant que je me sens nourrie, je me sens vivante (Oui, c’est ici que tu roules des yeux!)

Je vous laisse sur les doux mots de mon ami Yannick (37 ans) qui se sent un peu loin ces jours-ci,

« Bonjour Mme Loiselle, De façon générale, je ne souffre pas des affres de la FOMO culturelle. Au contraire, ça me conforte dans l’idée de ne pas aller à tel ou tel événement, me disant qu’il y aura plein d’autres occasions de voir des trucs intéressants de toute façon. Ça c’est ma réponse montréalaise, mais depuis que je suis à Rouyn, c’est un peu différent. Je vois tous ces événements qui se tiennent au loin, dont beaucoup d’indispensables pour moi, et j’avoue que c’est assez frustrant des fois. Merci. Yannick»

Comme pour donner le coup d’envoi à cette rentrée culturelle, le FME de Rouyn-Noranda se tenait la fin de semaine dernière (du 30 août au 2 septembre). Yannick, salut!

Audrée Loiselle

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