Vendu au FNC comme un film surréaliste, Yakuza apocalypse est un peu ça, mais il se place surtout dans la tradition du WTF japonais. L’histoire, aussi tarabiscotée que ridicule, est un très bon exemple de ce que devient un film de Takashi Miike quand ce dernier décide de faire n’importe quoi.

Avec son rythme haletant de production (deux à quatre films par an), c’est certain qu’il y en a du bon et du moins bon, et pour tout film sérieux, il y en aura toujours deux ou trois qui seront complètement déchaînés. Mais aussi volontairement dégénérés qu’ils soient, il y a toujours quelque chose à en tirer, ce qui fait de la filmographie de Miike le jeu de loterie le plus divertissant qui soit. On ne sait jamais ce qu’on va obtenir, mais on en sort toujours gagnant.

Yakuza apocalypse fait surtout penser aux films plus excentriques de Miike comme Dead or Alive, The Mole song et The Happiness of the Katakuris. On y suit les déboires du boss Kamiura, à la tête du gang de yakuzas le plus redoutable du Japon. En dehors de son trafic de tricot, la spécificité de Kamiura est qu’en plus d’être un yakuza, il est aussi vampire. Assez rapidement, son gang sera approché par un prêtre et un combattant qui travaillent pour un cartel rival, dont les véritables motivations semblent servir de grands esprits. Tout cela ne peut bien sur mener qu’à de grands combats, à du sang et à la fin du monde.

Avec son cabotinage hors normes et ses chorégraphies absurdes, ce film déjanté montre que Miike est encore capable, après vingt ans de carrière et plus de quatre-vingt-dix films, de jouer avec les attentes de son public. Yakuza apocalypse est un film qui tient de plusieurs genres, mais qui demeure inclassable. C’est une farce qui se prend au sérieux, car toutes ses blagues, qui durent parfois de longues minutes, sont livrées avec un pince-sans-rire impressionnant, surtout quand on tient compte de la teneur de certains punchlines.

Si quelques situations tombent à plat et si le film comporte des longueurs, il est difficile de lui en tenir rigueur tellement son visionnement demeure une expérience unique. Quand une œuvre nous procure les meilleures scènes de combats apocalyptiques impliquant une grenouille qui maîtrise les arts martiaux, on ne peut que s’incliner. Miike reste, et restera encore longtemps, le roi du n’importe quoi.

– Boris Nonveiller