Imaginez un film qui fusionne l’obsession de Nymphomaniac (2013) du cinéaste danois Lars Von Trier, le phallus de Huevos De Oro (1993) du cinéaste catalan Bigas Luna et la naïveté des Amours imaginaires (2010) de Xavier Dolan, le tout en trois dimensions. Au fond, le cinéaste français d’origine argentine Gaspar Noé nous raconte une histoire d’amour commune, sans omettre la sexualité, dans son dernier long-métrage Love (2015) projeté dans le cadre de la 44e édition du Festival du nouveau cinéma (FNC).

« J’ai voulu faire ce film qu’on ne voit jamais au cinéma », confie Gaspar Noé en s’exprimant avec ses mains pour expliquer qu’on prend toujours des détours pour ne pas montrer ce qu’on veut montrer.

C’est dans l’amphithéâtre de l’Université Concordia plein à craquer de jeunes dans la vingtaine, voir trentenaires, que le cinéaste a présenté son film arborant un t-shirt du Cinéma l’Amour. S’il tenait à faire référence à cette salle à l’angle Saint-Laurent et Duluth où on peut voir des films pour adultes, c’est moins pour faire la promotion de l’établissement que pour se moquer de cette autorité morale qui colle l’étiquette « pornographique » sur ses films. Ce qui nuit à leur diffusion.

« Si vous avez entendu un peu partout que c’est un film porno, ce n’est pas ça. C’est un film « sentimental » pour un public « jeune » », précise-t-il. Si certaines scènes sont explicites, c’est plus dû au fait qu’on n’a pas l’habitude de les voir à l’écran, sauf quelques exemples énumérés plus haut. L’histoire d’amour n’est pas très différente de celles vécues par une foule de jeunes, disons ceux qui vivent dans les grands centres urbains en Occident.

Le Cinéma Impérial sur la rue de Bleury s’était également rempli lors de la projection de Enter the Void (2009) du même cinéaste, dans la même catégorie du FNC, Temps Ø « la horde sauvage des cinéastes rebelles et des films mordants ». Au-delà des « scènes de sexe », le film nous bouscule parce qu’on laisse tomber la linéarité pour une caméra subjective, de sorte que le montage est anarchique du point de vue la logique et non des émotions.

Autrement dit, pour écrire une critique de ce film ce serait plus simple de tracer un graphique où l’axe x, incarné par l’existence de la femme française Electra, croise l’axe y, incarné par le destin de l’homme américain Murphy. Chaque scène est à la fois le germe et l’ensemble des ramifications de ce qui compose le récit dialectique. La projection pourrait tourner en boucle et on pourrait commencer à visionner le film à n’importe quel moment sans perdre le sens.

À la suite de la projection, Gaspar Noé nous explique que ce processus immersif dont l’effet est accentué par la technologie 3D est issu d’un mode de tournage assez simple. Tout est dans le traitement technique et l’improvisation des acteurs. Il nous raconte qu’il avait soumis ce court scénario de sept pages au couple Vincent Cassel et Monica Bellucci avant même d’avoir l’idée du film Irréversible (2002) en tête. Le couple avait refusé parce qu’il ne voulait pas montrer leur intimité tactile à l’écran, tout ce qu’il leur restait de privé dans leur vie de célébrité.

 

Transe et psychotropes

La sexualité n’est pas l’unique thème choquant abordé dans le film: le cinéaste traite aussi de toxicomanie. Outre le graphique, le concept de la transe est un autre point de vue possible pour bien saisir le film.

Contrairement à Enter the Void (2009), où le substitut est le Livre des morts tibétains, c’est-à-dire que le protagoniste meurt au début et c’est son esprit qui nous transporte à travers le montage anarchique par des déplacements de caméra; Love (2015) raboute une série de plans fixes où les personnages figurent toujours au centre de l’image. Avec l’effet 3D, c’est comme si en tant que spectateur, on transcende les personnages et que l’environnement gravite autour de nous.

Le cinéaste exploite le langage visuel et sculptural pour mettre en œuvre la division cellulaire, source de la vie. La structure de son film est comme un agrume dont la pulpe se compose d’une alternance de duplicité et de rupture de la membrane qui divise.

Bref, je déconseille ce film qui va à l’essentiel aux spectateurs qui veulent se divertir. Une seule scène vaut le visionnement du film au complet – la scène du restaurant se passe de mots.

– René-Maxime Parent

Love (2015) de Gaspar Noé sort le 27 novembre en salles au Québec.