Ce lundi, l’Excentris a présenté en première mondiale Une vie pour deux, film inspiré du roman du même nom de Marie Cardinal dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma . Un scénario, signé Evelyne de la Chenelière qui avait d’abord été adapté pour le théâtre en 2012 sous la direction d’Alice Ronfard, la fille de l’écrivaine qui a décidé d’également transposer l’oeuvre à l’écran avec Luc Bourdon comme coréalisateur.

Tout d’abord, merci aux cinéastes d’avoir mis en prologue un entretien qu’avait eu Marie Cardinal concernant ce livre, car il fut d’une aide incroyable pour vraiment s’absorber de cet objet incongru qu’est son adaptation cinématographique.

Après vingt ans de relation et deux enfants qui se sont immiscés dans leur intimité, Simone et Jean-François se regardent comme le feraient des étrangers. S’aiment-ils toujours? Sûrement, mais ce n’est pas ce genre de discussion qu’ils sont du genre à initier. Les enfants devenus grands, le couple va se refaire une beauté en Irlande; s’isoler pour mieux reconnecter.  Mais voilà que lors de sa première balade au bord de la mer, Jean-François trouve un cadavre : «celui d’une femme?» et que cette découverte macabre occupe ses pensées à un point tel que Simone se sent menacée par les charmes de cette femme plus jeune, bien qu’en putréfaction. Pour ne pas être mise de côté au profit de sa récente obsession, elle tente donc de s’approprier également la défunte en lui reconstituant une vie en fonction d’éléments concernant feu Mary qu’elle glane çà et là au village. Cette nouvelle lubie irritera profondément Jean-François. Simone qui ne se sent pas écoutée ou simplement entendue,  ne parvient plus à s’exprimer auprès de son homme… cette défaillance de l’expression la mènera graduellement au mutisme, devant un Jean-François confus qui ne parviendra plus à l’apaiser.

Dans le film, on présente le couple, dans un huis-clos, qu’on imagine être la maison qu’ils ont louée en Irlande,  mais tellement épuré qu’il pourrait également représenter l’impasse ou le moment davantage qu’un lieu précis. En ce non-lieu, ils se prêtent à un discours de sourds dans lequel s’interposera Mary qui, même morte, parvient à embrouiller la situation.

«Une vie pour deux, ce n’est pas assez, on en voudrait 5 ou 6 chacun» c’est ce genre de phrase qui fait en sorte que malgré l’aspect statique du film, on demeure à l’écoute. L’écoute, l’importance des mots,  les mots de Simone qui parle tant et qui, au fond, ne recherche que le regard de son homme, regard qu’il a perdu et vague. Simone qui aurait un problème d’expression, alors qu’elle ne fait que ça, parler. Parler sans s’exprimer c’est pire que se taire, car on donne  une impression faussée de liberté.

Simone se veut la porte-parole des femmes, de madame tout-le-monde qui se sent dans l’ombre et sur laquelle pèse le devoir d’être magnifique. Si c’est le cas, j’ai un problème, car la dernière fois qu’un personnage féminin m’avait autant irritée, c’était Emma Bovary. Au même titre que ce personnage dont j’attendais la mort avec impatience, j’attendais le mutisme de Simone; cette femme dont je savais la souffrance, mais avec laquelle je ne suis pas parvenue à compatir ses besoins étant trop pressants, insistants. Si elle est écrivaine de profession, sa vocation est néanmoins la victimisation. On en vient à plaindre son pauvre mari qu’il la pourtant écoutée alors qu’elle ne disait pas les bonnes choses. Entre la tendance au mélodrame de Simone et le côté introverti de Jean-François, Une vie pour deux nous présente l’incompréhension homme-femme à son paroxysme.

Une deuxième projection du film sera présentée le 17 octobre à 13h au Cinéma Excentris.

La pièce, Une vie pour deux, sera présentée à nouveau 22 octobre au 2 novembre 2013 prochain à l’Espace Go.

Vickie Lemelin-Goulet