Louis-Jean Cormier. Crédit photo : Louis Jalbert

Pas facile, le réveil, après une soirée passée à se déchaîner sur les beats assoiffés de Molly et de Das Mörtal. Pourtant, après un copieux déjeuner tout en œufs et en gras, nous nous sentons d’attaque pour une dernière soirée de festival. Après les 5 à 7 quotidiens, nous nous dirigeons vers le show de clôture à l’Agora des Arts. En ouverture, Safia Nolin a offert une performance à son image, folk, intime et portée par une voix qui faisait résonner la salle à la manière d’une cathédrale. Limoilou, le premier opus de l’auteure-compositrice-interprète qui fait déjà beaucoup jaser, sera par ailleurs lancé dans la métropole ce mercredi au sous-sol de l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End.

Puis c’était au tour de Seoul, groupe anglophone basé à Montréal, qui propose une pop planante mélangeant claviers dignes des années 1980 et rythmes hypnotiques. Malheureusement, la performance de la formation n’a pas été des plus mémorables, tant par sa durée restreinte que par le peu d’énergie que dégageaient les musiciens sur scène. Ou bien peut-être est-ce attribuable à l’envie palpable de la foule de passer au prochain numéro, incarné par le chouchou québécois Louis-Jean Cormier? Lorsque ce dernier est entré sur scène, la température a monté d’un cran – ce qui n’est pas peu dire, considérant la chaleur moite de la salle de spectacle. D’entrée de jeu, la musique de Cormier s’est répandue et a enveloppé les festivaliers comme une seconde peau; c’est le volume dans le tapis et le sourire aux lèvres que l’artiste a conquis, une fois de plus, son public.

Dans un univers parallèle près de chez vous

Un coin de rue plus loin se tenait la soirée métal du festival. Arrivées juste à temps pour faire connaissance avec la musique de Fleshgod Apocalypse, nous avons passé les quelques minutes précédant la performance à essayer de deviner le type de métal qui s’y donnerait. Power métal? Black métal? Death métal? Les notions spécifiques au genre prenant la poussière depuis le cégep, la discussion n’a pas été très efficace. Après une chanson, nos oreilles penchaient pour du black; Wikipédia parle plutôt de death. À vous de trancher : de quelle branche relève le groupe, s’il comporte un chanteur qui crie d’une voix gutturale, une chanteuse d’opéra confinée au second plan, de la double-pédale mur-à-mur et des costumes et maquillages thématiques?

Bien que la formation italienne semblait attendue de pied ferme – en témoignent les nombreux fans arborant des t-shirts de leurs idoles – la foule n’était pas très coopérative. Il a fallu attendre cinq bonnes chansons avant qu’un trash raisonnable se forme devant la scène; les délires de l’éclairagiste, qui allumait sporadiquement toutes les lumières, n’y étaient certainement pas étrangers. Fleshgod Apocalypse reste tout de même un groupe de métal efficace, en ce sens qu’il donne envie de bouger, un peu, beaucoup, quitte à risquer un torticolis.

Kid Koala clôture le FME avec fracas

L’édition 2015 du FME se termine en beauté; le DJ Kid Koala nous a offert une prestation des plus audacieuses sur la scène Paramount de Rouyn-Noranda. Des sons ludiques en hommage à sa fille, un classique de jazz revisité pour sa mère; sa musique, c’est une histoire de famille et ce soir nous avons l’impression d’en faire partie. Il nous accueille dans sa maison portative, la scène. Il l’habite, il est seul et pourtant l’énergie qui se dégage de sa personne est aussi puissante qu’un groupe au complet. Malgré la chaleur étouffante de la salle, il revêt son costume de petit koala en frétillant des oreilles. Une caméra filme en direct ses mouvements, ses doigts experts bougent à une vitesse effrénée avec une précision déconcertante. Kid Koala nous renvoie dans le passé en revisitant des classiques de rock : la nostalgie nous gagne et unit la foule. Il a conquis le cœur des Abitibiens en remixant « La Bitt à Tibi », tout le monde s’est mis à chanter avec un sourire de joie pure. L’écran derrière lui nous retransmet son jeu, et c’est totalement obnubilés par tant de déplacements minutieux que nous communions ensemble. Il finit sa performance en nous présentant son dernier mix, un brin plus virulent que les précédents, pour le grand bonheur du public. Kid Koala nous a fait la démonstration d’un petit animal aux multiples talents.

FME 2015, le bilan

L’édition 2015 du FME a comblé toutes nos attentes et même plus encore. La qualité des concerts et leur grande diversité a permis à un grand nombre de personnes venants de différents horizons de se retrouver dans un même lieu pour faire la fête ensemble et apprécier une chose essentielle dans la vie de chaque être humain : la musique sous toutes ses formes. L’organisation et l’implication des bénévoles étaient des plus remarquables, souriants et disponibles, ils se sont approprié le festival et ont su nous faire apprécier leur ville.

Surtout, le FME permet de prendre le pouls de la scène musicale québécoise et internationale. Nous avons particulièrement apprécié l’attention portée au choix des bands, mais aussi la diversité au sein même de ceux-ci. L’ancienne percussionniste Chloé s’est par ailleurs réjouie de retrouver des femmes baguettes en mains dans de nombreux concerts, des batteuses de Syzzors et de LLA en passant par la percussionniste d’Ariane Moffatt, la marimbiste et percussionniste de Louis-Jean Cormier ou encore la désormais incontournable Karine Pion de Galaxie. Finies les back vocals (enfin, presque)! La musique est pour tout le monde, par tout le monde et c’est particulièrement vrai en septembre à Rouyn-Noranda.

Tiphaine Delahaye et Chloé Leduc-Bélanger, article à quatre mains