La journée commence toujours bien quand il y a un Tim Hortons dans le coin. En effet, l’équipe de rédaction attitrée à la couverture du FME, ainsi que leur collègue des Nerds, ont passé la matinée à écrire des comptes rendus et à planifier des entrevues. Une fois sur le site, nous avons galéré un peu beaucoup pour trouver les membres de Duchess Says, qui se cachaient derrière le Petit Théâtre du Vieux Noranda. Mais la petite course en valait amplement la chandelle, et après la performance inouïe que le groupe a livrée en soirée, nous avons en définitive envie de faire partie de cette fameuse Église de la Perruche.

Le don d’ubiquité

Ce qu’il y a de chouette dans le fait de faire équipe, c’est qu’on peut se dédoubler. Pendant que Tiphaine s’empresse de faire paraître l’entrevue qu’elle vient de mener, Chloé se dirige vers les salles de spectacle. Peu habituée à la géographie rouyn-norandaise, elle cherche le Cabaret de la dernière chance sur la 8e rue, croise un attroupement enthousiaste qui se presse à l’intérieur d’une salle, se dit : voilà, c’est là. Le groupe n’est pas encore sur scène que la foule sue déjà pour sa peine, et Chloé se dit : est-ce bien là? Ceci n’est pas le genre de foule qu’on retrouve dans un concert de Philémon Cimon… Le chanteur monte sur scène, la guitare électrique déchire l’air, les festivaliers se mettent en branle : bienvenue au show impromptu de Lubik, groupe francophone au rock pesant originaire de La Sarre. Le plancher ondule, les corps s’entrechoquent, les tympans en reçoivent plein la gueule : il n’y a pas à dire, assister à un show de Lubik est une expérience multi sensorielle.

Quatre petites chansons plus tard, la formation débarque de scène et invite la foule à revenir pour un show, un vrai, samedi soir à 23h. Il fait 1000 degrés dans le bar et la foule se précipite à l’extérieur comme du dentifrice sortant d’un tube sur lequel on aurait sauté à pieds joints. Chloé prend une chance et rejoint le Cabaret, le vrai. Joie! Philémon Cimon est sur scène avec ses trois acolytes, en train de répandre sa voix éthérée sur un public un peu plus tranquille. Les femmes comme des montagnes, tel est le titre du troisième album que l’auteur-compositeur-interprète lance en ce beau vendredi soir; on y retrouve des chansons d’amour, forcément, mais aussi des paroles toutes philémoniennes, c’est-à-dire des histoires décalées et cruelles qui tranchent avec la dégaine angélique du chanteur. Ainsi se plaît-il à dénombrer le nombre de morts répartis dans divers véhicules sur la chanson « Des morts et des autos », qui cause une étrange dépendance malgré le sujet.

Le retour du choix déchirant

D’un côté de la rue, Moon King, Fire/Works et Bears of Legend; de l’autre, Poni, Ponctuation et Duchess Says. Le folk ou le punk rock? Chloé se dirige vers la première option, Tiphaine vers la deuxième. Toute la soirée, nous ferons des allers-retours entre les spectacles, un des nombreux symptômes du FOMO.

Le son de Moon King, qui rappelle celui de Metronomy sur Nights out, combine les voix claires de Maddy White, également guitariste, et de Daniel Benjamin, qui n’hésite pas à grimper sur la batterie pour haranguer la foule. C’est le genre de musique qu’on pourrait écouter longtemps, par exemple lorsqu’on s’en va très loin en voiture, disons en Abitibi, sous le soleil d’été. Les harmonies particulières entre les deux voix du duo torontois évitent la banalité des tierces pour offrir des quartes et des quintes, créant un espace dans lequel les notes s’étirent et résonnent.

Juste après, c’est Fire/Works, groupe résolument folk originaire de Montréal. Il y a quelque chose de profond et d’un brin mystérieux dans l’atmosphère que Jonathan Peters et David Lagacé proposent, à la fois grâce aux paroles, évocatrices, aux mélodies riches et à l’usage de l’accordéon. On voudrait les comparer à Dan Mangan qu’on ne saurait pas qui des deux gagnerait de la comparaison. Ambiance électrique, public conquis : entre la voix qui berce et les passages instrumentaux d’une belle intensité, la performance de Fire/Works était assurément un moment fort de la soirée.

Les derniers retranchements

C’est qu’on se fatigue vite à se remplir de son et de rencontres! Vite, au show de Duchess Says pour une bonne dose d’énergie. Ça danse comme des pogos, ça fait du bodysurf, ça crie et siffle et tapoche; c’est une foule heureuse qui accueille le quatuor, lui-même prompt à déverser un torrent de musique sur les festivaliers. Expérience à part se situant entre la communion et la transe, la performance de Duchess Says a décoiffé à peu près tout ce qui se trouvait à distance d’oreille. On y retourne? N’importe quand.

Après une pause « air frais » bien méritée, c’est dans la file menant (encore) au Cabaret de la dernière chance qu’on retrouve nos téméraires reporters. C’est qu’on y annonce Heat, un quatuor montréalais qui fait du rock comme on en voudrait tous les matins au déjeuner. La voix du chanteur, qu’on compare à Lou Reed ou encore à Tom Petty, s’insinue entre l’étrier et l’enclume et porte les gens rassemblés jusqu’au bout de la nuit.

Quant au programme du samedi, qui s’annonce superbe, nous avons bien l’intention de récidiver cette joie qu’on appelle « entrevue » avec le groupe Hologramme, qui joue cet après-midi sur la Scène extérieure; nous irons également voir Saratoga, puis tâcherons d’être partout en même temps, car Jesse Mac Cormack, The Dodos et Galaxie jouent dans trois endroits différents, et on annonce même un concert-surprise de La Bronze à 20h30. C’est aussi la soirée hip-hop, la soirée rock, la soirée électro… C’est la nuit de toutes les envies, comme le sont toutes les nuits au FME.

Chloé Leduc-Bélanger