C’est sous le signe du soleil triomphal que Les Méconnus ont fait leur entrée dans la ville la plus in de l’heure, j’ai nommé Rouyn-Noranda. Après les formalités d’usage et un bref pit stop au motel pour lâcher le lest du matériel, nous nous sommes retrouvées coin Murdoch et 7e rue, notre deuxième maison pour les prochains jours. Les enfants couraient dans tous les sens pendant que leurs parents, déchirés, essayaient de choisir entre la Scène extérieure Desjardins et l’Agora des arts, où se tiendraient les deux spectacles d’ouverture. Pour notre part, nous avons opté pour la scène extérieure, que Syzzors était sur le point d’inaugurer.

Du rythme et de l’énergie

La nuit s’est mise à tomber en même temps que les premiers accords du trio Syzzors, qui avait revêtu son costume de quatuor pour l’occasion. D’abord timide, la foule clairsemée s’est épaissie jusqu’à former une masse compacte et conquise devant la scène où performait le groupe; en témoigne l’enthousiaste photo prise par la chanteuse avant de conclure la prestation. C’est qu’il y a quelque chose de magnétique dans la voix de Raphaëlle Chouinard; son registre grave se combine à un timbre velouté et à des exclamations qui rappellent les années funk pour donner un son unique à la formation, que complètent les percussions métronomiques de Lisandre Bourdages et les arrangements et claviers de Gabriel Tremblay.

Impossible de rester impassible quand Syzzors est au menu; leur pop électro invite à la danse et au laisser-aller. Il faut dire que les incroyables jeux d’éclairage servent admirablement la performance; d’où nous étions, il était possible de voir le technicien se donner à fond, pour notre plus grand bonheur. La dégaine de Chouinard, lorsqu’elle ne gratte pas elle-même la guitare, est également un bon incitatif au mouvement. L’acoustique et l’électronique se rejoignent tant sur leur premier album Collages que sur le tout nouveau tout beau Leo, et alors que le public reprend en chœur le refrain de « That G Word », il est aisé de croire qu’on pourrait suspendre le temps pour vivre encore un peu au rythme de cette musique. Mais comme toute bonne chose a une fin, Syzzors quitte la scène, laissant derrière eux l’envie de poursuivre la fête.

Faites la vague avec Crushed Out

Les deux Brooklynois de Crushed Out, Franklin Russell et Moselle Spiller, ont inauguré jeudi soir le sous-sol du Petit théâtre de Rouyn-Noranda. Véritable duo de choc, veste fleurie et tenue de sirène illuminent les visages des connaisseurs ou de ceux agréablement surpris par la belle énergie de ces personnages scéniques.

La batteuse Moselle Spiller nous emporte dans des eaux tumultueuses qui sentent bon le sel de l’air marin. Le rythme est maintenu tout le long du spectacle par des coups vigoureux et maîtrisés qui rebondissent sur la douceur du visage de Moselle et nous transportent à la plage. La voix de Franklin atténue la puissance des toms par son timbre naïf et délicat comme du yaourt. D’après leurs dires, leur musique est faite pour les adultes restés enfants, mais le plaisir se trouve aussi dans la fusion des genres. Surf, country, soul, rockabilly un brin grunge définissent le son de Crushed Out. L’ensemble est à la fois homogène et étonnant; sans prétention, ces musiciens unissent la côte est et la côte ouest des États-Unis, donnant une empreinte originale à leur formation. Devant la scène, on reconnaît la chanteuse du groupe montréalais Les Deuxluxes qui se déchaîne en entraînant la foule par ses déhanchements et ses cris rock. Elle donne une force inattendue au spectacle que ses deux amis apprécient et utilisent pour nous renvoyer la pareille.

Ces deux « love birds » se sont posés à Rouyn-Noranda pour nous conter des histoires candides made in USA. Une belle découverte à écouter à bord d’un westfalia qui nous amène en Californie.

Aujourd’hui ,on part à la rencontre de Duchess Says avec une entrevue exclusive. La suite de la soirée se poursuivra avec Nanochrome, Philémon Cimon, Bears of Legend et plein d’autres encore. Notre cœur est déchiré par la diversité que nous offre l’édition 2015 du FME!

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Tiphaine Delahaye et Chloé Leduc-Bélanger, article à quatre mains