Photo : Mathieu Legault

À l’aube de sa majorité, le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, FME de son petit nom, n’a rien perdu de sa fougue. Au contraire. Retour sur une 17e édition réussie.

Le FME, c’est un monde à 8 heures bien sonnées de Montréal en appuyant fort sur le gaz, un univers où les légumes les plus consommés sont les champignons – je vous laisse la comprendre – et où «un certain facteur de dangerosité règne. C’est pas des jokes, j’ai le goût de demander “Man, ça va-tu?” à tous mes ami.e.s quand je les croise» comme le dit si bien Elliot Maginot.

C’est ce qui est beau avec le FME: c’est un événement qui évite au relâchement, un petit lousse après un été rempli de festivals, où les artistes se permettent de sortir un brin des cadres avant la rentrée culturelle parce que pourquoi pas. Ceci explique cela, ce festival est un des incontournables de l’année. Et chaque année aussi, des spectacles accrochent plus l’attention que d’autres.

Musique, musique, musique!

Après un cocktail de bienvenue à la Guinguette chez Edmund jeudi soir, où des invités de la trempe de Pierre Karl Péladeau sont venus se faire des tatas et des sourires entre quelques verres de vin, on passe devant le set de DJ Edsik sur la 7e rue, direction l’Agora des Arts pour découvrir Le Roi Angus. Bien honnêtement, je n’avais jamais entendu parler de la formation européenne, qui donne dans une musique assez éclatée merci, entre rock, noise, jazz et alouette. Si ça groove agréablement sur disque, ça le fait étrangement un peu moins sur scène. Ce n’est pas le premier soir qu’on a trouvé le coup de foudre, mais on a par contre trouvé beaucoup de fun.

La deuxième journée s’est (vraiment) lancée grâce à un gatorade salvateur et le spectacle de Barrdo au bar Le Cachottier. La formation fondée par Pierre Alexandre – oui oui, le dude derrière Fuudge, Lac Estion et la liste Poulet Neige -, a offert un moment carrément hypnotisant aux spectateurs massés dans le petit bar. À travers les paroles scandées avec vigueur par le groupe, le beat s’est pris les pieds dans le public, qui s’est mis à se dandiner de plus en plus frénétiquement. C’est que c’est dans les envolées musicales que Barrdo prend tout son sens, son talent. Et c’était beau.

Direction le show de Laurence-Anne, qui a réussi à rocker comme pas une la Scène Évolu-Son. Si la salle a tardé à se remplir, ça a vite été difficile de trouver un point de vue digne de ce nom à travers la foule. Après une introduction dansante et frétillante de ses musiciens, l’auteure-compositrice-interprète qui a lancé son premier effort Première apparition plus tôt cette année s’est précipités sur scène. Encore plus à l’aise qu’à son lancement au printemps dernier, si c’est possible, c’est une Laurence-Anne en pleine possession de ses moyens qui a fait chanter ses accrocheuses chansons à la foule.

Philippe Brach et son impressionnante coupe Longueuil n’ont pas laissé leur place non plus pour cette 17e édition du FME. Si j’ai d’abord hésité à m’y rendre – parce que bon côté assistance, j’ai pas mal fait ma part cette année pour Brach – je me suis laissée happée par l’enthousiasme de mes acolytes. Et je n’ai pas été déçue, mon dieu non. «Merci Rouyn, c’est le plus beau jour de ma vie. Je m’appelle Marc-Antoine Gosselin et je vous présente Le Silence des troupeaux, un hommage à Brach» Quelle belle, conne et parfaite façon de revisiter son répertoire entre les Alice, Né pour être sauvage et Crystel. Grand coup pour Brach, qui a offert un des grands moments de la fin de semaine.

Même son de cloche pour Half Moon Run, qui a joué deux fois plutôt qu’une – et que j’ai aussi vu deux fois plutôt qu’une. (À un moment donné, faut profiter des cadeaux de la vie quand ils passent pas là!) Les gars, visiblement comblés d’être sur scène, nous ont lancé à la gueule leurs plus grands succès – on jase des Turn Your Love, Full Circle et I Need It, entre autres. On a aussi eu la chance d’entendre Then Again, premier extrait de leur nouvel album à sortir en novembre. On en aurait pris plus, mais on va attendre comme tout le monde.

Autre coup de coeur pour le duo Doiron-Placard – essayez de le répéter à voix haute à quelques reprises, votre diction m’en remerciera -, qui en a ravi plus d’un avec sa vibe douce à souhait. «Il y avait beaucoup de feels avant qu’on monte sur scène», a lancé Julie Doiron en riant nerveusement «OUI» a renchérit au quart de tour de Dany Placard, confirmant s’il le fallait que ce duo était une sacrée bonne idée. Entre les chansons enveloppantes de Doiron et les compositions plus brutes de Placard, revisitées pour l’occasion, le public s’est pris à giggler en même temps que l’auteure-compositrice-interprète quand elle a jeté un oeil sur son collègue de scène et amoureux. Mignon, beau, tout ça.

De l’amour en vrac (et fallait être là)

Parce qu’on ne peut pas parler de tout, mention à l’organisation de feu, aux petites filles qui ont fait un méchant party au premier rang du spectacle d’Elliot Maginot en rappelant que le FME est ouvert à tous, aux anecdotes croustillantes – qui ne se racontent pas ici – de notre lifteuse en chef Doris, au bon monde, aux belles jasettes, à la douce vibe de Rouyn, à la beauté du FME qui se renouvelle chaque année.

On se revoit à ta majorité, FME!

– Mélissa Pelletier